Katip Çelebi, un érudit des Ottomans

De son vrai nom Muṣṭafa ibn ‘Abd Allāh, Katip Çelebi nait à Istanbul en 1017 de l’hégire (1609). Fils d’un père cavalier, porteur d’épée et secrétaire dans l’administration financière de l’Empire ottoman et d’une mère parmi les notables de la capitale, Katip Çelebi est un garçon de la haute société turque d’époque. Apprenant le Coran ainsi que tout ce qui se rapporte aux lettres arabes, il est à l’adolescence un jeune homme déjà fort instruit. A 14 ans, il intègre la bureaucratie financière impériale en tant que commis; ses talents dans les chiffres et lettres l’amènent alors à devenir comptable du département du commissariat de l’armée ottomane. A 15 ans, il a les armes à la main et aide au jihad mené par le sultan Murat IV contre les Perses safavides à Bagdad; à la veille de ses 20 ans, il participe au siège d’Erzurum. Suivent les campagnes de Hamadan, de Tabriz et d’Erivan, Katip Çelebi est sur tous les fronts. En 1044H (1635), après plusieurs allers et retours, il revient à Istanbul où il intègre le bureau d’audit de la cavalerie, puis le siège du Commissariat. À 36 ans, sa vie prend un véritable tournant. Touchant un conséquent héritage laissé par un parent riche, il se consacre alors à des études à plein temps et poursuit à Alep et ailleurs son rêve que d’acquérir tous les ouvrages qu’il souhaitait lire. Côtoyant les grands érudits de son temps, du polémiste taymiyyen Kāḍīzāde au maître A’rej Muṣṭafa Efendi, il s’offre la lecture des ouvrages d’Ulugh Beg, d’al-Bayḍāwī, d’Alī Qushji ou de Qādī-Mīr. Toutes les sciences deviennent l’objet de sa curiosité : la lexicologie, l’astronomie, les mathématiques, le droit, la généalogie, la logique, la rhétorique, l’exégèse coranique, l’histoire, la médecine et le hadith. Il est alors par ses amis très vite renommé Katip Çelebi, soit l’érudit scribe. De lecteur à enseignant il n’y a qu’un pas et Muṣṭafa ibn ‘Abd Allāh passe la quarantaine en professeur reconnu. Il donne çà et là des conférences auxquelles assistent certains des plus grands savants de l’Empire. Si l’astronomie passe pour une science qu’il maîtrise à merveille, il fait de l’histoire son domaine de prédilection. Parlant l’arabe, le turc et le persan, il rédige très vite de premiers ouvrages. Il y aura le Taqwīm at-Tawārikh, une Histoire universelle de la création d’Adam à l’an 1648 de l’ère chrétienne; un Djihān-numā, un Atlas inspiré de Mercator offrant une vue détaillée du monde connu; le Dustūr al-amal li islāh al-khalal, oeuvre de droit politique dans la tradition des Siyasā d’Ibn Taymiyya et al-Mawardi; une histoire de Constantinople sous le nom de Rawnaq al-Sultāna; un Tuḥfat al-Akhyār fī’l-Hukam wa-l’Amthāl wa-l’Asha’ār, sorte de recueil de poésie et de maximes; le Tuḥfat al-kibār fī asfār al-Bihār, une histoire des batailles navales conduites par les Turcs; ou encore une collection de fatwas : le Rajm al-rajīm bi’l-sīn wa’l-jīm. On lui connaît au total 23 ouvrages et plusieurs autres essais. Mais sa pièce maîtresse est alors Kashf aẓ-Ẓunūn ‘an ‘asāmī ‘l-Kutub wa’l-funūn, rédigée sur 20 ans, immense oeuvre bibliographique riche de plusieurs dizaines de milliers de références, elle sera publiée plus tard en latin sous le titre de Lexicon Bibliographicum et Encyclopaedicum, s’étalant sur sept volumes. Elle inspirera d’autres travaux dont celui de l’orientaliste français Barthélemy d’Herbelot. En mauvaise santé sur la fin de sa vie, il quittait ce monde en 1068H (1657) d’une crise cardiaque alors âgé de 49 ans. Considéré comme le plus grand encyclopédiste des Ottomans, il laissait une  bibliothèque considérable – la plus grande d’Istanbul – en partie acquise, faute d’un fils mort peu après, par Levinus Warner pour l’Université de Leiden. 

Renaud K.


Pour en savoir plus : 

  • Encyclopédie de l’Islam tome IV (1978), article Katib Celebi (p.791-792).
  • Jean-Louis BACQUÉ-GRAMMONT, « Un érudit ottoman entre orient et occident : Kâtîb Çelebî (1609-1657) », Rédaction,‎ 9 mars 2016 Don Babai, ed. (2004). “Reflections on the past, visions for the future”. 
  • Historians of the Ottoman Empire. Harvard University, Center for Middle Eastern Studies. pp. 97–99.
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