Ja’far as-Ṣādiq, ce pieux prédécesseur

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Descendant direct des califes et compagnons Abū Bakr et ʿAlī, Ja’far as-Ṣādiq est encore aujourd’hui l’un des doctes de l’islam les plus respectés de ses pairs. Aussi a-t-il une position des plus particulière, puisqu’il est autant pris en considération dans la théologie sunnite qu’il est révéré dans diverses branches du chiisme.

 

Né à Médine en 83 de l’hégire (702), apprenant des plus grands et notamment de son père, Muḥammad alBakrī, et de son grand-père, alQāsim (élève d’ʿĀʾisha entre autres) ; il est rapidement devenu une référence en son temps dans la plupart des sciences religieuses. Excellent dans le Hadith – il en aura transmis plus de 2000 – la jurisprudence comme dans l’exégèse du Coran, il aura en élèves et collègues de travail parmi les plus grands savants de l’islam : Sufyān alThawrī, ʿAbd alRaḥmān alAwzāʿī, ou encore les imams Mālik et Abū Ḥanīfa. Selon de nombreux commentateurs, c’est de lui que ces derniers auraient acquis les bases de leur méthodologie dans le fiqh. D’une spiritualité éclatante, il est aussi une figure majeure pour les adeptes du tassawuf comme pour les premiers mu’tazilites ; énormément de traditions soufis le mentionnant ainsi en tête. Véritable polymathe, il va également se tailler une réputation certaine dans diverses sciences naturelles. Se faisant aux mathématiques comme à l’astronomie, son intérêt pour la chimie fait dire à certains qu’il aurait été l’un des professeurs ou influenceurs du célèbre Jābir ibn Hayyān, plus grand alchimiste du Moyen-Age.

 

Pour les chiites imamites, il est un de ces imams infaillibles et celui dont le plus grand nombre de traditions est rapporté. Son quiétisme et éloignement des troubles et violences ayant émaillé les cinq califats omeyyades de son vivant font dire à certains qu’il serait à l’origine du processus de dissimulation religieuse : at taqiyah. Il aurait gardé le silence, mais n’en pensant pas moins. On allait d’ailleurs et souvent, dans les rangs chiismatiques, lui proposer de se joindre aux révoltés, et même de se faire calife à la place du calife, mais il ne l’accepta jamais. Ceci bien que certains des membres de sa famille furent tués durant les violences. Tout au long de sa vie, de par son amour pour la famille du Prophète ﷺ et son ascendance alide, il fut pris en référence par les révolutionnaires chiites, au point où sa méthodologie dans la jurisprudence et ses avis iront jusqu’à servir de fondement à l’école de fiqh ja’firite, largement considérée encore par dans le chiisme aujourd’hui. Proche, de son vivant, des savants de la Sunna et ayant ouvertement condamné les atteintes aux compagnons comme toute autre forme de déviances théologiques, les allégations des doctes chiites à son sujet ont depuis été largement rejetées en bloc par l’ensemble des plus grands traditionalistes.

 

Le pouvoir passant aux Abbassides en 132H (750), il est, faute à ses nombreux fidèles ayant pris part aux révoltes passées, regardé jusqu’à la fin de sa vie avec beaucoup de suspicion, quitte à se voir tantôt malmené, notamment sous le règne du calife alManṣūr. Ne cédant jamais aux pressions, il finira sa vie là où il l’avait commencé, à Médine et en 148H (765), dans les livres et le recueillement. A sa mort, un schisme s’opère dans le chiisme, les imamites voyant en son fils Ismāʿīl son digne successeur ; les Duodécimains lui préférant Mūsā alKāẓim. Loin de tout cela, à l’annonce de sa mort, l’imam Mālik dira quant à lui ceci :« L’homme sincère (as-Ṣādiq) ne sera pas atteint par la décrépitude, et ne perdra pas sa lucidité lors de ses derniers instants. Et qui peut prétendre être plus sincère que celui qui a été appelé « le Sincère » par les amis, les ennemis et l’histoire, lui, l’imam as-Ṣādiq Abū ʿAbdallāh Ja’far, qu’Allah soit Satisfait de lui et de ses pères. »

 

Renaud K.

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