Izz ad Din al Qassam, ce résistant

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Héros et premier des résistants en Palestine, Izz ad Din al Qassam s’était illustré contre, à la fois, les Britanniques, les Français et les sionistes au lendemain de la Première guerre mondiale.

Né en 1299 de l’hégire (1882) à Lattaquié en Syrie, il bénéficie durant sa jeunesse des enseignements de son père, membre de la confrérie soufie des Qadiriyyah, avant de s’envoler à l’âge de 14 ans pour l’Égypte. Là-bas, il intègre l’université al Azhar en Egypte, avant d’en ressortir dix ans plus tard diplômé en sciences de la Shari’ah. L’Égypte est à ce moment, depuis plusieurs décennies, occupée par des colons anglais décidés à s’implanter dans la région, dans une logique concurrentielle avec les Français. En réaction, si des révoltes ont lieu et que des mouvements naissent, l’invasion progressive des Européens en terre d’islam semble ne rencontrer guère de résistance solide. Retourné en Syrie, il obtient de ses pairs le poste d’imam dans la mosquée Ibrahim ibn Adam, et en d’autres, et se fait enseignant élémentaire en parallèle dans son village.

Le résistant en l’homme se révèle alors lorsque la Libye, alors une province ottomane, est envahie par l’Italie. Celle-ci y commet de nombreux massacres, causant l’indignation de tout un monde. Izz ad Din al Qassam prend alors aussi vite la tête d’une mobilisation populaire. Sermonnant les foules, il récolte des fonds et réunit des hommes dans l’idée d’aller mener le Jihad contre les envahisseurs italiens. Mais les Ottomans l’en empêche, prétextant l’envoi de soldats officiels sur le front.

Une énième intrusion étrangère dans le califat va éveiller plus encore le militantisme d’Izz ad Din al Qassam : il s’agit de l’entrée des Français en Syrie. Convaincu que le califat ottoman allait tomber, les républicains vainqueurs de la Grande guerre étaient arrivés les armes à la main dans la cité damascène, en 1337H (1918), ceci dans l’idée de grignoter le géant Turc de l’intérieur, et aussi, de s’imposer face aux Anglais.

In extrémis, l’imam al Qassam réunit ses élèves et confrères qu’il enjoint à nouveau à la guerre contre le colon. Devenu dans la foulée l’homme le plus recherché des autorités coloniales françaises, qui le condamne à mort, c’est à ce moment, profitant de l’animosité qui liait les Français et Anglais entre eux, qu’il se réfugie en Palestine voisine. S’abritant dans la ville de Haïfa, les autochtones, qui ne tardent pas à connaître le personnage, le nomment alors imam de l’une de leur plus grande mosquée, en laquelle il offrira de ses savoirs en des classes de plus en plus suivies. Occupée par les Anglais, la Palestine voit aussi en parallèle un nombre croissant de migrants juifs venus d’Europe s’installer sur son sol. Parmi ces derniers, se trouvent des individus décidés à faire de la Palestine un État juif, qui, pour s’imposer et faire fuir les populations musulmanes, n’hésitent pas à user de la force. Des attentats meurtriers commencent ici et là à frapper les Palestiniens, qui, réduits au silence par les forces britanniques, se trouvent comme pris au piège.

Las de ces incessantes violences touchant sa communauté, l’imam al Qassam reproduit le schéma opéré plus tôt en Syrie en se constituant une véritable milice clandestine : les Qassamites. En parallèle, dès la fin des années 20, il exerce l’emploi d’officier d’état-civil dans le Tribunal Islamique de Haifa, instance musulmane encore sur pied où il a à traiter des affaires familiales des concernés, voguant de villages en villages, profitant de cela pour sensibiliser les croyants qu’il rencontre à la résistance. Ancien enseignant pour enfants, il enjoint aussi les foules à s’engager à la délivrance d’une correcte éducation aux plus jeunes, condition essentielle d’une bonne résistance à la colonisation. De nombreux Palestiniens avaient aussi dû fuir leurs terres pour trouver refuge en ville; Izz ad Din al Qassam fut là encore en première ligne pour leur venir en aide.

En somme, l’imam avait à lui seul créé toute une organisation de disciples se répartissant les tâches : les uns aidaient les démunis, les autres rappelaient les musulmans à la Loi, d’autres menaient des actions politiques, quand les derniers se préparaient au combat. Étonnement, ce n’est pas auprès des muftis locaux qu’il obtient le plus de soutien, mais auprès des nationalistes, qui lui offrent alors fonds et hommes. Surveillé par les autorités coloniales anglaises, celles-ci ne tardent cependant pas à découvrir l’envergure et les aboutissants de son organisation : elles décident de l’arrêter.

Nous sommes en 1354H (1935). Alerté, l’imam fuit Haïfa pour se réfugier dans les montagnes et forêts avoisinant Jénine, au centre du pays. Là-bas, et accompagné de plusieurs dizaines de ses partisans, il persiste et signe auprès d’eux : le Jihad est la clé de la libération. Nombreux sont alors les Palestiniens à le suivre, ce, jusqu’à ce que les Britanniques finissent par le repérer.  

L’assaut est donné un 23 cha’ban 1354 (20 novembre 1935), dans les environs du village de Shaykh Zayed. Accompagné de moins d’une dizaine de fidèles en arme, il va alors livrer une résistance héroïque, pendant plus de six heures, aux quelques 600 assaillants, avant de tomber en martyr, non sans avoir emporté avec lui une quinzaine de colons. Causant l’émoi et la colère de tout un pays, sa mort fédéra plus encore les Palestiniens contre l’occupant anglais.

Certains de ses élèves prendront après la tête de la Grande Révolte Palestinienne de 1936 contre les colons britanniques et sionistes. Parmi eux se trouvait Farhan As Sa’di, l’un des plus proches compagnons d’Izz ad Din Al Qassam. En lutte contre les terroristes parmi les sionistes, il est à son tour tué par les Britanniques, par pendaison, quittant ce monde à l’âge de 80 ans un 14 ramadhan 1356 (27 novembre 1937).

Symbole de la lutte anticoloniale, précurseur dans la résistance au sionisme, imam et acteur du Jihad défensif, Izz ad Din al Qassam fut et restera l’un de ces héros de l’islam contemporain. Une brigade armée porte encore son nom à Gaza. 

Renaud K.