Islam et politique, la dichotomie de l’autre

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« Il y a 2500 ans, c’est justement dans cette Grèce antique, que naquit le principe totalement inverse de « contradiction ». Platon ne fut pas seulement le père de la philosophie, mais aussi l’initiateur d’une doctrine qui opposait le divin et l’humain, le céleste et le terrestre, en considérant que le monde visible n’est qu’une pâle et méprisable copie d’un monde supérieur et idéal, le monde des idées. Cette doctrine platonicienne de la « contradiction » inspira les fondateurs du christianisme, tels Paul de Tarse et Marcion, qui considéraient la « chair et l’esprit », « la loi et la foi », comme autant d’éléments contradictoires.

Mais le développement décisif de ce « principe de contradiction » s’effectua au début du Ve siècle chrétien avec l’œuvre principale d’Augustin d’Hippone : « La Cité de Dieu ». Traumatisé par l’affaiblissement de l’empire romain d’occident qui vivait ses derniers instants, Augustin affirmait que les pouvoirs politiques terrestres sont par essence mauvais (…). Il en concluait qu’il existe une opposition irrémédiable entre les aspirations religieuses d’un côté et les aspirations politiques de l’autre (…). C’est donc à partir de la fusion entre le platonisme et le paulinisme, que les pères de l’Eglise ont imprimé le principe de contradiction dans la civilisation occidentale (…). Il ne faut donc pas considérer l’idée d’une contradiction entre religion et politique comme un principe universel et une évidence incontestable, mais le fruit d’une idéologie, d’une époque et d’une civilisation particulière.

D’ailleurs, l’Islam est apparu en contestant ce principe chrétien de « contradiction », et en prônant une voie intermédiaire, rejetant tout à la fois le confusionnisme païen et le contradictionnisme occidental, comme nous le verrons d’ailleurs dans le présent livre. La doctrine islamique consiste à affirmer que si effectivement le spirituel est supérieur au temporel et que l’adoration de Dieu est supérieure à l’établissement d’un système politique, pour autant l’un et l’autre ne sont pas contradictoires.

De plus, si l’Islam reconnaît que le spirituel et le temporel sont effectivement deux sphères indépendantes, puisque les humains se voient accorder une certaine autonomie dans leurs décisions politiques, et qu’ils sont jugés responsables de leurs choix stratégiques, l’enjeu consiste justement à utiliser l’art politique pour le mettre au service de la religion. L’instauration d’un pouvoir proclamant la souveraineté divine sur les Hommes et se conformant aux exigences de la Loi révélée, permet de réconcilier ces deux sphères et mettre un terme à leur opposition. »

Extraits de :

A. Soleiman Al-Kaabi, “Histoire politique de l’Islam – Tome 1 : Des origines de Mekka à la fondation de l’Etat de Médine “, NAWA Editions, p.19-20

1 thought on “Islam et politique, la dichotomie de l’autre

  1. Bien que non musulman, je dois reconnaître que la position islamique me semble plus intéressante et plus juste.

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