Extrait | Ibn Taymiyya, un savant au combat

 » (…) L’époque d’Ibn Taymiyya fut difficile. Si les croisés chrétiens ont quittés le Dar al Islam, le califat n’est officiellement plus depuis la chute de Bagdad en 656 H (1258).

Divisé, le monde musulman est là constitué de multiples États plus ou moins isolés les uns des autres. Seuls les Mamelouks d’Egypte semblent réussir à maintenir une puissance de feu assez forte pour décourager les incroyants d’y pénétrer.

Fort de son savoir déjà acquis, de sa renommée et animé par le devoir de défendre les siens, Ibn Taymiyya prendra toute une partie de sa vie part au Jihad. En 697 H (1298), à Damas et alors qu’il a 36 ans, il sermonne déjà ses fidèles à se lancer à l’assaut de la Petite Arménie, voisine de la Syrie et alliée des Tatars. Il anime encore la résistance l’année suivante après l’entrée de ces derniers en Syrie.

Dépassant son simple rôle de docte donnant des leçons dans sa mosquée, il se rend même au-devant des combats, allant jusqu’à chercher à rencontrer le chef des Mongols, l’ilkhan Ghazan, le 9 rabi II 699 (3 janvier 1300) afin d’obtenir la libération des captifs musulmans, comme chrétiens et juifs. Peu après il participe encore, une fois les Mongols partis de Damas, à une expédition militaire contre des Chiites alliés aux Tatars installés dans les montagnes syro-libanaises, puis encore contre les Croisés toujours présents sur l’île de Chypre..

Lorsque les troupes de l’Ilkhan intentent une nouvelle invasion de la Syrie entre safar 700 et Jumada II (octobre 1300 et février 1301), Ibn Taymiyya y exhorte à nouveau la population au Jihad, se rendant au Caire afin d’y sensibiliser le sultan Al Nasir. L’armée mongol repartant, mais revenant au mois de Ramadan 702, il est à nouveau là à appeler les foules, prenant sa pleine part au combat lors de la bataille de Shaqhab, les Musulmans l’emportant. Pour le coup, il avait alors au travers d’une fatwa permis aux croyants de s’abstenir de jeûner durant les combats.

Les Mongols, convertis à l’islam peu après leur prise de Bagdad quelques décennies plus tôt retiendront longuement l’intention d’Ibn Taymiyya. Il rédige sur plusieurs années 3 conséquentes fatwa à leur égard, dont une de 35 pages. Ses travaux ne l’empêchent pas pour autant d’être accusé d’entretenir des relations avec les Tatars dans l’idée de fomenter un coup d’Etat. Le savant rapproche alors les Mongols des Kharidjites, qui prétendant être sur l’islam tout en combattant ses représentants, négligeaient les plus basiques fondamentaux de l’islam.

Aux réticents, il avance alors sur de multiples lignes la croyance des Mongols, qu’il jugeait sévèrement entaché, afin de justifier le Jihad contre eux. Il était aussi su que Ghazan Khan envoya des lettres et ambassades au pape Boniface VIII comme aux rois des Anglais et des Francs et chypriotes afin de les inviter à l’union pour mieux renverser les sultans mamelouks. Autant d’éléments qui vont pousser le savant à déclarer la mécréance ou au mieux l’égarement manifeste de tout ou partie de ces gens.

Il joue aussi en l’année 701 H (1302) un rôle actif dans l’examen des demandes d’exemption de l’impôt de capitation. Des Juifs prétendant descendre de l’ancienne colonie juive de Khaybar expulsée par le Prophète, paix et salut soient sur lui, en étaient à l’origine. Il accompagnera nombre d’entre eux cependant à gagner l’islam. Peu après il entrera en contact avec Johan de Giblet, un roi croisé s’étant réfugié à Chypre, lui demandant de libérer ses prisonniers musulmans, ou au pire, de les traiter avec bonté et de ne surtout pas les pousser à se convertir au christianisme. (…) « 

 

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