Ibn Rustah, cet étonnant explorateur

Ibn Rustah est l’un des premiers géographes et explorateurs de l’ère islamique. Né à Ispahan au début du 3ème siècle hégirien (9ème chrétien), ce Perse n’a pourtant guère voyagé au-dehors de l’Orient. Ce qui nous reste de lui n’est en fait qu’une partie de son oeuvre, soit quelques chapitres issus de son Kitāb al-aʿlāq al-nafīsa rédigé alors qu’il était à Médine.

En fait une encyclopédie volumineuse traitant des différentes branches du savoir, seule la partie géographique (au-delà de quelques lignes sur les Grecs et l’astronomie) nous est parvenue. Décrivant La Mecque et Médine avec beaucoup de détails sur la topographie, les bâtiments et les caractéristiques des enceintes sacrées, Ibn Rustah traite alors des différentes régions du califat abbasside d’est en ouest, tout en mettant un point d’honneur à décrire la Perse. Si les routes et bâtisses l’intéressent, il s’arrête aussi sur les gens, faisant la description des familles de notables présentes çà et là comme des différents courants religieux trouvés. Inspirée par les géographes l’ayant précédé, son approche est cependant très littéraire et présociologique. Ce qui fit que son ouvrage allait entrer dans la postérité est la description détaillée qu’il fait des États et Hommes se trouvant au-delà des frontières de l’Islam. Byzance et ses empereurs – et même Rome – est amplement décrite et en détail. Car il y a chez les Arabos-musulmans d’époque un véritable engouement pour l’Inde (à la manière de l’égyptologie chez les Occidentaux), la terre des idoles (pas encore islamisée) y est décrite, autant que le sont les peuples turcs d’Asie intérieure, les Magyars, et même, les Slaves (al-Ṣaqlabīya) et les Rūs (al-Rūsīya) – au sein desquels étaient en ces temps trouvés des Vikings. Ce qui étonne encore le lecteur contemporain est sa connaissance des îles britanniques et de la hiérarchie de l’Angleterre d’époque.

Ses sources auront été diverses et variées. Sa description de Byzance, il la doit à un musulman ayant été fait prisonnier en ce lieu, ses connaissances sur Ispahan et des terres voisines, il les auraient obtenus en allant directement à la rencontre des concernés. Il avait aussi en sa possession les ouvrages de ses comparses musulmans, tels ceux d’Ibn Khordadbeh, mais aussi les écrits des Grecs et Perses anciens. Il quitta ce monde en 290 de l’hégire (903)

 

Renaud K.