Ibn Kathīr, prince parmi les érudits

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Il s’appelle ʿImād al-dīn Ismāʿīl ibn ʿUmar ibn Kathīr et est l’un des savants les plus lus et reconnus des musulmans. Né à Bosra au tout début du 8e siècle de l’hégire (1300), il va se former durant sa jeunesse auprès des grands érudits de Damas, l’ex capitale des Omeyyades, alors sous le joug des Mamelouks bahrites, esclaves devenus maîtres du Moyen-Orient.

 

L’école à laquelle il adhère est alors chaféite; il fait ses classes aux côtés du juriste Burhān al-dīn al-Fazāri. Il fréquente aussi l’un des traditionnistes les plus réputés, Jamāl al-dīn al-Mizzī, pour cause : il épouse sa fille. Mais très tôt, c’est surtout en compagnie du penseur et polémiste le plus en vue de son temps qu’on le retrouve : le célèbre Ibn Taymiyya. L’influence du savant hanbalite va être décisive. Il faut cependant attendre les années 740 (1340s) pour voir le nom d’Ibn Kathir tenir le haut de l’affiche. À ce moment, il participe alors en un des conseils d’inquisition, dans lesquels il offre ses jugements à l’égard d’hérétiques ou considérés comme tels. Sa carrière décolle.

 

En muḥarram 746 (1345), il est chargé de prononcer le prêche du vendredi dans la mosquée tout juste fondée par l’émir Bahāʾ al-dīn al-Marjānī. Moins de trois ans plus tard, il a même l’honneur de remplacer son maître, et lui aussi l’élève d’Ibn Taymiyya, le fameux al-Dhahabī, au poste de professeur de hadith où il officiait jusqu’ici, la turba d’Umm Ṣāliḥ. En 756 (), il obtient encore la direction du Dār al-hadīth al-Ashrafiyya, remplaçant cette fois le fameux al-Subki. Devenu un savant presque aussi fameux que ses maîtres, il servira régulièrement d’inquisiteur. On le voit notamment juger, à la demande du calife al-Muʿtaḍid, le cas de certains insurgés ou encore celui d’un chiite ,en 755H (1354), accusé d’avoir publiquement insulté, à la mosquée des Umayyades, les trois premiers califes, Muʿāwiya et Yazīd. Rappelant publiquement les émirs, constamment en conflit, à la réconciliation, Ibn Kathīr, fait aussi parti de ces savants ayant enjoint par ses écrits et prêches les musulmans à la lutte contre les Francs, encore présents sur l’île de Chypre.

 

Apprécié des émirs, on le consulte aussi lorsqu’il s’agit de prendre des mesures législatives, notamment concernant la lutte contre la corruption. C’est l’un d’eux, Mankalī Bughā, qui allait ainsi lui confier, à partir de 767 (1366), une chaire d’exégèse coranique à la mosquée des Omeyyades à Damas. C’est d’ailleurs en spécialiste du genre qu’il réalisera ce qui sera l’une des exégèses du Coran les plus lues encore aujourd’hui, un Tafsir de plusieurs volumes traduits depuis dans plusieurs dizaines de langues. Son autre œuvre la plus importante est sa grande histoire de l’Islam, al-Bidāya wa-l-nihāya, qui figure parmi les œuvres maîtresses de l’historiographie musulmane, plus particulièrement de la période mamelouke. Dans le registre de l’histoire, son Qiṣaṣ al-‘Anbiyā’ (L’Histoire des Prophètes) fait encore figure de pièce maîtresse.

 

Moins connu, mais non moins impressionnant, son recueil de hadiths, le Kitāb al-Jāmiʿ, réussi le pari de réunir, classant dans l’ordre alphabétique des Compagnons qui les avaient rapportés, l’ensemble des hadiths contenus le Musnad d’Aḥmad Ibn Ḥanbal et d’autres. Il avait d’ailleurs entamé un commentaire du Ṣaḥīḥ d’al-Bukhāri, qui sera continué par Ibn Ḥajar al-ʿAsqalānī, l’un de ses plus importants successeurs. Il tenta aussi de publier un vaste traité en droit chaféite, mais il mourut au cours de sa rédaction. Ibn Kathir, après avoir laissé la vie en 774H (1373), est alors enterré au cimetière des soufis aux côtés d’Ibn Taymiyya.

 

Renaud K.


Pour en savoir plus :

  • Laoust, H., “Ibn Kat̲h̲īr”, in: Encyclopédie de l’Islam.
  • Janine et Dominique Sourdel, Dictionnaire historique de l’islam, Éd. PUF, p. 369, article Ibn Kathîr
  • Ibn Kathir, al-bidāya wa an-nihāya.