Ibn al Khatib

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Yéménite de sang, né en 713 de l’hégire (1313) à Loja en Espagne, Lisan ad-Din Ibn al Khatib est l’un des derniers grands doctes de l’Andalousie musulmane.

Longtemps installé à Grenade, il est alors témoin, en 740 de l’hégire (1339) de la bataille de Tarifa, qui verra au final la défaite des troupes alliées nasrides et mérinides face aux Castillans. Grenade est un temps reprise, de nombreux Grenadins meurent, parmi eux, le père et le grand frère d’Ibn al Khatib. La trêve signée, il ne tarde pas à être désigné secrétaire officiel de l’Etat pour le sultan Yusuf I revenu dans le dernier bastion musulman de la péninsule ibérique.

Insomniaque, il passe ses nuits à la rédaction d’ouvrages dont certains feront date. Historien, physicien, philosophe, on lui doit une « Histoire de Grenade » ou encore une « Chronologie des Califes et des rois d’Afrique et d’Espagne ». Ainsi polymathe, il est également médecin, et témoin d’une fulgurante épidémie de peste dans les années 750 de l’hégire, il préconise, en théorisant véritablement la contagiosité, d’isoler les pestiférés et d’en détruire leur linge. En 775 de l’hégire (1374), il en résultera même un traité sur le sujet rédigé par ses soins, et qui fera date dans la médecine occidentale.

Nommé intendant des finances et administrateur des waqf-s, il devient détenteur des deux vizirats, celui de la plume et de l’épée. Il rédige aussi quelques lignes sur le secrétariat ou d’autres disciplines diverses. Il correspond même avec le plus grand voyageur de l’époque, Ibn Battuta.

En 755 de l’hégire (1354), le souverain Yusuf assassiné, il offre sa loyauté au nouveau sultan, Mohammed V al-Ghani. En son nom, il est envoyé 4 ans plus tard à la tête d’une ambassade au Maroc en vue de consolider la paix avec les Mérinides locaux. Emprisonné en 1359 par les conspirateurs ayant un temps détrôné Muhammad V al-Ghani, il sera finalement libéré contre rançon avant de regagner le Maroc où le souverain Muhammad V trouva refuge. C’est durant son exil qu’il rencontrera et se liera d’amitié avec le célèbre Ibn Khaldoun. De cette période, Ibn al Khattib écrira quelques lignes relatant ses voyages, dans la plus pure tradition des voyageurs musulmans de l’époque.

Ce n’est que 3 ans plus tard, Muhammad V reprenant son trône, qu’il regagnera l’Espagne. S’enrichissant, devenu aussi un poète reconnu, suscitant le rejet des uns et la jalousie des autres, il se fait alors de plus en plus d’ennemis à la cour. Accusé tantôt d’être un hérétique et irréligieux, il est à nouveau forcé à l’exil, en 772 de l’hégire (1371), par les autorités. Retournant au Maroc, il finit par y être emprisonné, avant de mourir, d’après de nombreuses sources, étranglé derrière les barreaux. Depuis, on s’interroge encore sur les raisons officielles de ce geste.

Reconnu pour être l’un des derniers savants pluridisciplinaires et encyclopédistes de l’Espagne musulmane, certains de ses poèmes ornent encore les murs de l’Alhambra à Grenade.

Renaud K.

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