Ibn ʿAqīl, un érudit d’ici et d’ailleurs

Natif de Bagdad, Ibn ʿAqīl naquit un jour de 431 de l’hégire (1040). Issu d’une famille d’écrivains et lettrés hanafites, il est très jeune formé aux différentes sciences islamiques et au mu’tazilisme, courant hétérodoxe jadis voie d’Etat, depuis devenu une voix dissidente dans la capitale abbasside qu’est Bagdad. Touchant à l’art épistolaire et à la dialectique, Ibn-ʿAqīl est aussi éduqué au soufisme; parmi ses plus fameux professeurs : le shaféite al-Shīrāzī, le hanafite al-Dāmaghānī, le mystique al-Attar, le secrétaire d’État Ibn al-Fadl et le mu’tazilite Ibn al-Walīd. Après l’invasion seldjoukide –  des Turcs ayant placé le calife abbasside sous tutelle – de Bagdad en 447H (1055), il avait aussi appris le droit auprès du plus fameux des hanbalites de l’instant, le grand juge et auteur Abū Ya’la. L’homme a beaucoup d’élève et de partisans et a certes du charisme et de l’influence; il va véritablement bousculer les vues du savant en devenir. Faisant finalement fi de son mu’tazilisme, Ibn ʿAqīl allait en côtoyant le juge embrasser dans un même élan la doctrine – hanbalite – de ce dernier. Bénéficiant en outre des bonnes grâces (intellectuelles et financières) d’Abū Manṣūr, riche mécène d’époque dévoué à favoriser les adeptes de l’école de l’imam Aḥmad ibn Ḥanbal, il atteint rapidement le statut d’érudit écouté. Sa formation hétéroclite l’avait cependant amené à ne pas s’enfermer dans les standards défendus par ses confrères de ladite école, qui en ce siècle dominait le débat théologique dans le coeur politique du califat. Ibn ʿAqīl continua en effet de fréquenter les milieux muʿtazilites et ceux adonnés à l’étude du kalam. Plus encore, il avait été jusqu’à porter de l’intérêt aux écrits du mystique al-Hallāj. Sa nomination à une chaire de la mosquée d’al Manṣūr en remplacement de son maître Abū Yaʿla, avait ainsi causé la colère de nombreux hanbalites et traditionalistes, pour beaucoup rangés derrière le fameux polémiste Abū Jaʿfar, ce dernier voyant en Ibn ʿAqīl un malheureux trouble-fête. La mort du mécène Abū Manṣūr l’avait peu après privé de sa meilleure des protections terrestres. C’est en exil et protégé par le gendre du mécène défunt, Ibn Ridwan, qu’Ibn ʿAqīl devra passer les années suivantes. Ce n’est qu’un 8 muharram 465 (1072) et dans la mosquée de son opposant Abū Ja’far, qu’il refaisait son apparition. Il avait alors eu une rétractation publique de certaines de ses vues, laquelle fut observée et consignée par de nombreux observateurs. Si ses écrits suivants gardent en fond l’esprit de recherche et de curiosité intellectuelle qui avait plus tôt inspiré ses travaux, il ne se montrera plus jamais infidèle au hanbalisme primitif. Du manuel de fiqh au pamphlet anti-asharite, du traité de dialectique à l’exégèse coranique, l’oeuvre d’Ibn ʿAqīl est impressionnante, mais en grande partie perdue. On se souvient notamment de son Kitāb al-Funūn, une encyclopédie traitant des sujets les plus variés qui aurait fait jusqu’à 800 volumes. Après une riche carrière au sein d’un siècle des plus mouvementés, Ibn ʿAqīl rendait l’âme en 513H (1120).

Renaud K.


Pour en savoir plus :

  • Lewis, B.; Menage, V.L.; Pellat, Ch.; Schacht, J. (1986) [1st. pub. 1971]. Encyclopaedia of Islam (New Edition). Volume III (H-Iram). Leiden, Netherlands: Brill. p. 699.
  • John L. Esposito, The Oxford Dictionary of Islam, Oxford University Press, 2003, and George Makdisi (ed.), The Notebooks of Ibn ‘Aqil: Kitab al Funun, 2 vols., Beirut 1970-71
  • MAKDISSI, George. Chapitre V. La vie et l’œuvre d’ibn ‘Aqīl In :  Ibn ʿAqīl et la résurgence de l’islam traditionaliste au XIe siècle (Ve siècle de l’Hégire) [en ligne]. Damas : Presses de l’Ifpo, 1963
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