Hassan al Wazzan, ou Léon l’Africain

 

Voyageur et diplomate andalou reconnu du 16ème siècle chrétien, Hassan al Wazzan dit Léon l’Africain va toute sa vie durant osciller d’un monde à un autre. Diplomate pour le Maroc, il va, pour le pape d’époque, réaliser une Description de l’Afrique qui allait pour longtemps façonner le regard de l’Occident sur le contient noir.

L’homme nait en 891 de l’hégire (1486) à Grenade. Très vite, après la reddition de la ville aux Castillans, il est cependant contraint de quitter ses terres avec les siens pour s’installer à Fès (Maroc). Sur place, car issu d’une famille noble et lettrée, il peut rapidement jouir des largesses de la dynastie des Wattassides. Formé dans les meilleures écoles dont celle de al Qarawiyyin, il acquiert ainsi dès l’adolescence les bases qui allait faire de lui l’érudit que l’on connaît. Mais en lieu et place de s’enfermer en un bureau une plume à la main, le jeune Hassan va en fait profiter du statut de diplomate de son oncle pour très tôt s’envoler avec lui à l’étranger. Jeune, il traverse ainsi tant l’Irak, la Perse, l’Arménie que l’Empire Songhai en Afrique de l’ouest.

De fil en aiguille, le jeune homme finit par lui aussi embrasser la carrière de diplomate. Les rois de Fès et du Souss vont dès lors l’envoyer au travers de toute l’Afrique du Nord, jusqu’à atteindre le Sahel. Au Maroc, il jouera même le rôle de négociateur entre les deux dynasties s’y disputant le pouvoir. Vers 923 H (1517), Hassan entame aussi un nouveau voyage vers La Mecque pour y accomplir le 5ème pilier de l’islam. Passant par Alger, Tunis et l’Égypte, il se rend encore à Istanbul, capitale des Ottomans devenus les nouveau maîtres du Dar al Islam. Mais de ce voyage, Hassan ne reviendra cependant plus.

Sur le retour, il est capturé à Djerba par un corsaire castillan dont la prise en mer de musulmans était le métier : Pedro de Cabrera y Fernandez de Bobadilla. Cherchant à se racheter de ses péchés, il fait ramener sa prise jusqu’à Rome pour l’offrir au pape Léon X. Réjouit de rencontrer un lettré musulman tel qu’Hassan, le pape va alors le garder à ses côtés au château Saint Ange, lui imposant une instruction des plus catholiques. Bon gré, malgré, il est baptisé un 15 muharram 926 (1520), le pape lui donnant même son propre nom. Il passe désormais pour Joannes Leo de Medicis, alias Léon l’Africain. S’entourant des cardinaux locaux et autres humanistes montant, il fait dons de ses connaissances à un tout nouveau public friand des savoirs d’ailleurs. Il fait traduire en latin le Coran ou concocte encore avec Jacob Mantino ben Samuel, un médecin juif, un dictionnaire latin-hébreu-arabe. Mais c’est surtout sa Description de l’Afrique qui marquera les esprits.

Rédigée en italien pour le pape lui-même, l’auteur va y narrer les peuples, villes et terres d’Afrique qu’il eut plus tôt la chance de visiter. Dans un style narratif, parsemant son texte d’anecdotes diverses, il va sans le savoir contribuer à façonner l’image que va se faire l’Occident de l’Afrique ensuite. S’aidant des œuvres d’Ibn Battuta et d’Ibn Khaldoun, il fournit alors au lectorat européen d’époque une véritable mine d’or d’informations. Anthropologique et géographique, sa plume va même parfois se porter sur des éléments des plus anecdotiques. Ce qui se trouve sur les tables des uns comme ce qui se passe dans les chambres des autres, tout y passe. Pratiquant le comparatisme, il n’hésite pas à indictement dénoncer les manquements égalitaristes de l’Europe d’époque, contrastant avec la proximité sociale qu’il pouvait y avoir encore au Maghreb entre souverains et sujets. Le succès de l’ouvrage est immédiat, pour cause, l’Afrique profonde est encore très mal connue des Européens. Traduit très vite en plusieurs langues et réédité tout le siècle durant, il servira de source certaine lors des voyages suivants en Afrique.

Après 934 H (1528), la trace de Léon l’Africain se perd à Rome. A-t-il profité du sac de la ville organisé par l’empereur Charles Quint pour mieux fuir ? Pour certains, il aurait fini ses jours à Tunis, reprenant l’islam pour religion.

Homme des deux rives, pont entre Occident et monde musulman, Hassan al Wazzan peut encore être considéré comme un précurseur dans le genre ensuite exalté par Jack London, celui mettent en scène la figure de l’aventurier écrivain. Connu des seuls cercles savants, il entrera plus tard dans le patrimoine culturel commun en devenant le héros d’un roman éponyme écrit par Amin Maalouf en 1406 H (1986).

Renaud K.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.