Fakhr ad-dīn al-Rāzī, ce réformateur médiéval

(…) Al-Rāzī aura été l’auteur d’une oeuvre conséquente. Si le gros de son travail consistait à faire dans l’exégèse et la philosophie, il aura écrit dans des domaines aussi variés que celui de l’histoire, l’astrologie, la chimie, la médecine, le fiqh, la minéralogie, la philologie ou encore la géométrie. Asharite dans sa croyance à l’image de ses inspirateurs premiers – al-Ghazālī et al-Juwaynī – il a rédigé certaines des oeuvres de l’école les plus marquantes. Dans Asas al taqdis fi ilm al kalam, ouvrage dédié au sultan Abū Bakr ibn Ayyūb, al-Rāzī posait ainsi de la manière la plus significative les vues de l’école en matière de croyance. Opposant profond des hanbalites et notamment de ceux professant l’existence de modalités concernant les attributs divins, al-Rāzī chercha dans cette oeuvre à mettre en avant les preuves de l’incorporéité et de la non-spatialisation concernant Allah; expliquant encore comment faire un usage utile du ta’wil de tel ou tel terme trouvé dans le Coran. Al-Rāzī était dans la continuité un ardent défenseur du kalam. Dans Muhassal afkar al mutakaddimin wa l muta’akhkhirin min al ulama wa l hukama wa l mutakallimin, il propose même une division du kalam en quatre parties : les préliminaires; l’être et ses divisions; la théologie rationnelle; les questions traditionnelles. Discutant des causes et effets, de la nature des corps et de l’être, des attributs positifs et négatifs d’Allah, de l’agir divin et de l’agir créé, al-Rāzī fait dans ce titre la démonstration de toute sa connaissance et maîtrise des théories proposées par les philosophes et adeptes du kalam (mutakallimun) l’ayant précédé.

 

Son épître sur les noms et attributs divins figure parmi les plus importants de son siècle. Intitulé Lawami al bayyinat fī l asma wa l sifat, al-Rāzī y fait en dix chapitres l’étude des nombreux noms d’Allah, de leur origine et surtout, propose les diverses positions de chacun à leur sujet avant de les discuter. Le seul chapitre consacré au nom « Allah » dépasse les trente pages. Il y propose encore une étude des noms divins hors des 99 généralement étudiés. Plus classique, son al Ma alim fi usul al din fut l’occasion pour al-Rāzī d’étaler ses connaissances sur les fondements dans le dogme, le fiqh et la dialectique. En matière de critique et de “mise en garde”, il aura aussi été l’auteur d’un al Munazarat (les controverses), très curieux dans la forme (c’est une autobiographie), dans lequel il s’était plu à rapporter les débats qu’il eut avec d’autres théologiens d’horizons différents. On peut même y trouver une critique de certains travaux précédemment réalisés par al-Ghazālī ainsi qu’une étude de l’astrologie. Son Itiqad firaq al Muslimin wa l mushrikin est plus explicite encore tant il fait dans cet écrit mention de toutes les mouvances considérées par l’homme comme des sectes, faisant mention encore de critiques de certaines philosophies et vois soufies extatiques.

 

Fidèle lecteur du savant perse Ibn Sīnā (Avicenne), al-Rāzī fit le commentaire de plusieurs de ses oeuvres, dont son célèbre Canon. Il écrira encore un résumé exhaustif de l’Isharat du même auteur. Penseur en métaphysique, al-Rāzī rédigea aussi al Mabahith al mashrikiyya, l’un des premiers du genre. Faisant l’étude de l’être, du non-être et de leurs propriétés et essences, il y traite du possible, de la substance et des accidents. Al-Rāzī y explicite encore des idées d’Aristote, al-Fārābī, Galien, Thābit ibn Qurrah et Platon, des auteurs qu’il n’hésite d’ailleurs pas à réviser. Il écrira également un traité de théologie en direction de son fils aîné Muḥammad : Kitab al Arbain fi usul ad din. Sous la forme de questions-réponses, al-Rāzī y aborde l’essentiel des positions dogmatiques propres à l’islam en quelque cinq cents pages. Abordant la question du commencement du monde dans le temps, il y évoque plus longuement encore ses vues sur Allah. Niant ce qui ne Lui siérait pas, tel le fait qu’Il puisse être le sujet d’accidents, d’une quelconque contingence, al-Rāzī y réaffirme son parti pris pour l’atomisme*, pensée qu’il réfutait plus tôt. L’existence du vide comme les miracles des saints y sont encore des points abordés. Al-Rāzī est surtout connu pour son exégèse coranique, le Kitab al Tafsir al kabir. Faisant plusieurs milliers de pages, il diffère des autres exégèses du genre par l’empreinte philosophique que l’auteur lui donna. Cherchant à rapprocher au travers de l’usage de la logique les versets les uns des autres, exposant ses avis et ceux qui divergent sous forme de questions-réponses, al-Rāzī rédigeait par là l’une des exégèses les plus novateurs. (…)

 

L’article est à lire dans son intégralité dans le numéro 3 de Sarrazins, ici disponible :

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