Extrait Sarrazins N°6 – Al-Ghazālī, l’imam de son siècle

“(…) Onze années d’errance allaient s’en suivre. Allant à Damas, puis Jérusalem, Hébron et enfin Médine et La Mecque, il allait durant tout ce temps expérimenter le chemin de l’ascèse et de la solitude. Eduqué dans le soufisme, il vivait là la voie des soufis dans sa toute plénitude. Mais il n’en oublie pas ses lectures et l’écriture de nouveaux ouvrages. C’est d’ailleurs durant ses onze années d’isolement qu’il écrira l’oeuvre qui le fera entrer dans la légende : Iḥyāʾ ʿulūm al-dīn (Revivification des sciences de la religion). Quatre volumes pour quatre thématiques : les pratiques cultuelles, les coutumes sociales, les vices et fautes menant à la perdition, et les vertus menant au salut. Chaque partie est alors divisée en dix livres dans lesquels l’auteur prend soin de rentrer dans les subtilités et mieux dire son mot sur tous les aspects de la vie religieuse. La narration et le tout forment un véritable manuel de cheminement spirituel vers la purification des coeurs. Al-Ghazālī y explicite les différentes étapes à traverser pour le musulman souhaitant se décontaminer de ce monde et mener la vie d’un contemplatif. Mais nulle invitation à la rupture, l’auteur y narre autant les mérites – et les oeuvres possibles – qu’il y a à être parmi les gens du moment que l’on respecte scrupuleusement la Loi. Très personnelle et indissociable du récit de vie de son auteur, l’Iḥyāʾ est aussi à considérer comme la somme narrée de son – amère – expérience de docte et notable à Bagdad. Convoquant la morale à chaque paragraphe, il rédige son oeuvre tel un sermonneur désireux de voir sa communauté se réformer. Les appels à la suffisance de peu y sont nombreux, et al-Ghazālī n’a de cesse de rappeler la défiance qu’il est nécessaire d’avoir face aux élites – bien que son loyalisme à l’égard des Abbassides reste entier – et biens de ce monde. L’ordonnance du bien et la condamnation du blâmable est un principe sur lequel l’auteur insiste autant qu’il est d’après lui nécessaire à chacun de se montrer prosélyte à l’égard des Gens du Livre et musulmans peu au fait de la Loi. Hérésiologue un jour, hérésiologue toujours, il n’épargne pas dans ses critiques les soufis déviants et juristes fanatisés de son école, ni même, encore et toujours, les acteurs de la philosophie arabe. Théologien spéculatif, prêcheur au verbe développé, al-Ghazālī laisse aussi apparaître un puritanisme certain quand il invite à considérer les savants offrant une théologie des plus simplistes comme les plus proches de la vérité. Il émet d’ailleurs l’idée que l’affaiblissement de l’Islam ne s’est manifesté qu’à compter du moment où les ouvrages de théologie dogmatique se sont multipliés. Aussi puritain dans le droit, il ose même présenter l’ornement des mosquées, la psalmodie du Coran et la mise à l’écrit systématique des sciences comme des innovations religieuses. Devenu un must-have dès sa publication, son oeuvre est encore mille ans plus tard lue aux quatre coins du monde. (…)”

L’article est à lire dans son intégralité dans le n°6 de Sarrazins, en vente ici :

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