L’entretien avec Abu Soleiman al-Kaabi (Nawa Editions)

Extrait Sarrazins N°4 – L’entretien avec Abu Soleiman al-Kaabi (NAWA Editions)

“(…) S. : Dans un autre ouvrage, Le califat d’Adam, vous offrez une approche toute particulière quant à la notion du rôle d’Adam sur Terre, et plus largement du terme de Khilafat. Pourriez-­vous nous en dire quelques mots ?

A.S.K. : À notre époque, on connait le concept de califat dans le sens d’un régime politique islamique. Or, dans le Coran, ce concept de Khilafa (qui signifie “succession”) apparait de nombreuses fois, mais dans un sens beaucoup plus large pour désigner un phénomène sociopolitique qui se répète régulièrement dans l’histoire humaine. Il s’agit d’un transfert soudain de pouvoir d’un peuple fort vers un peuple faible à des moments clefs. En étudiant ce mot et ses dérivés dans le Coran, et en me basant sur l’analyse d’auteurs classiques, je suis arrivé à la conclusion que derrière ce concept, il y avait toute une théorie islamique de l’histoire qui révèle les logiques sous-jacentes aux événements et qu’on retrouvera formulée sous la plume d’auteurs musulmans, dont le fameux Ibn Khaldun. Plus précisément, il apparait que Dieu laisse des peuples impies se développer, gagner en puissance pour jouer plusieurs rôles providentiels que les croyants ne pourraient pas jouer. C’est une sorte de “Ruse” divine qui prend plusieurs formes comme je l’explique dans le livre en question. 

S. : Vous revenez, toujours dans Le califat d’Adam, sur le rôle de l’Occi­dent dans l’Histoire et proposez une autre façon, plutôt innovante, de l’entrevoir. Vous faites de l’Occident non plus qu’un pôle humain triom­phant sur le reste du monde, mais un pôle humain instrumentalisé au ser­vice du plan Divin. C’est-à-dire ? 

A.S.K. : Les musulmans ont l’habitude de se lamenter sur le triomphe de l’Occident depuis quelques siècles et le “retard” du monde musulman. C’est une manière de voir totalement fausse qui ne prend pas en compte les subtilités de l’histoire. L’adversité est décrite dans le Coran comme une nécessité pour forcer le parti des croyants à se surpasser, comme ces versets : Pensez­ vous que vous entrerez au Paradis sans que Dieu sache qui parmi vous aura combattu et sans qu’Il connaisse les endur­ants ? (Coran 3.142). Chaque adversité ob- lige les croyants à se surpasser, à dépenser un surplus d’énergie pour surmonter cette difficulté. Cet “effort” est physique avec le Jihad et intellectuel avec l’ijithad. Au même titre que les croisades ont été un électrochoc salvateur pour le monde musulman qui a été obligé de se ressaisir, retardant de plusieurs siècles son effondrement, l’Occident oblige aujourd’hui les forces réellement réformatrices au sein de l’islam à se surpasser pour trouver les solutions et les issues à cette situation catastrophique. Ce qui naîtra de cela sera bien au-dessus de la civilisation islamique classique. Quand la Oumma se réveillera, elle rayonnera comme jamais dans son histoire. 

S. : Parlez­-nous également du concept de Sunna historique que vous évoquez dans le Califat d’Adam. 

A.S.K. : En islam, la notion de Sunna est essentielle. On la retrouve bien évidemment pour désigner la Sunna du Prophète (pssl) , c’est-à-dire l’ensemble des actes que les musulmans sont censés imiter de lui. Traduite généralement par tradition, je préfère la transposer en français avec l’expression “acte fondateur” car il s’agit d’une action ou d’un événement initié à un moment de l’histoire par un personnage illustre (bon ou mauvais d’ailleurs) qui est ensuite imité, reproduit par la suite par des “suiveurs” à travers l’histoire. C’est cette notion essentielle que j’utilise par exemple dans “La voie des Nazaréens” pour expliquer les ressemblances entre les divisions dogmatiques chez les juifs dans l’antiquité et les actuelles divisions chez les musulmans. Dans le Coran, nous trouvons plusieurs passages qui décrivent des “sunan”, actes fondateurs initiés par exemple par des prophètes, des personnages illustres comme Dhūl-Qarnayn, ou des souverains tyranniques comme le Pharaon et sa politique vis-à-vis d’une minorité religieuse vivant dans son pays : les Hébreux. D’un point de vue islamique, on interprétera donc le traitement des musulmans en France comme le fait que les régimes actuels “suivent la sunna” de Pharaon dans la manière de réprimer une minorité de croyants qui remet en cause la survie d’un ordre inique. (…)” 

L’entretien est à retrouver dans son intégralité dans le N°4 de Sarrazins en vente ici :

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