De l’Arabie des Saʿūd

“(…) En prenant le contrôle des villes saintes de l’islam – Médine et La Mecque -, l’émir Saʿūd défiait directement l’autorité califale d’Istanbul. Pour marquer le coup, il fait d’ailleurs remplacer le nom du sultan ottoman par le sien lors des prêches du vendredi. (…) En 1222H (1807), en passe d’être pacifiée, l’Arabie offrait alors sa dernière grande ville, Djedda, aux hommes de Saʿūd. Maîtres de toute l’Arabie, ayant soumis le Yémen et aussi Oman, disposant d’un pied à terre dans le Sud syrien et irakien; les Nejdites ont à cet instant en leur possession l’un des États islamiques les plus puissants de l’époque. Entre 50 et 100 000 hommes en armes pouvaient être mobilisés (…). Dir’iya en capitale, l’Émirat nejdite est aussi économiquement prospère et contre toute attente très cosmopolite : des marchands et imams d’Égypte, d’Inde ou de Perse peuvent y être trouvés à tous les coins de rue. La criminalité et les conflits tribaux ne sont plus et les mosquées sont à nouveau pleines. Les émirs et imams y sont parfois très riches, en témoigne leurs palais et la quantité d’esclaves à leur service. Riche comme nul autre dans la Nejd, l’émir Saʿūd en possède alors plus d’un millier, presque autant de chevaux de race; sa bibliothèque personnelle accueille encore certaines des pièces les plus rares du patrimoine savant de l’islam. L’establishment religieux de toute l’Arabie est alors (…) entièrement aux mains des disciples et fils de l’imam Muḥammad Ibn ʿAbd al-Wahhāb. (…) Les oeuvres du wahhabisme classique se multiplient, traversant parfois les frontières, tels certains exemplaires des livres d’bn ʿAbd al-Wahhāb qui commencent à être lus du Maghreb à l’Asie Centrale. En 1225H (1810), l’Émirat établit même des liens diplomatiques avec l’État musulman le plus à l’Ouest : le Royaume du Maroc. Séduit par la doctrine professée par les Saʿūd et leurs imams, le sultan alaouite Sulaymān Ibn Muḥammad entretient alors de cordiales relations avec l’émir; des copies du Kitāb al-tawḥīd et autres ouvrages d’Ibn ʿAbd al-Wahhāb sont même diffusés à ce moment dans tout le royaume. Toujours décidé à faire de l’Irak une province de son émirat, Saʿūd intensifie en parallèle ses correspondances avec le gouverneur de Bagdad : Sulaymān al-Saghīr. Lui rappelant les devoirs incombant au musulman, l’émir Saʿūd ne prend ainsi guère de gants et l’accuse directement, ainsi que ses fidèles, de s’adonner au polythéisme. Le cadre est lancé : il s’agit de lui faire comprendre qu’il est tout disposé à le combattre. Pour justifier son refus d’obéir au calife des musulmans et à ses sbires, Saʿūd affirme ainsi être tombé, lors de la conquête de Médine, sur un mot laissé par le sultan Selim III dans lequel il aurait demandé secours au Prophète de l’islam (ﷺ) en lieu et place de le demander à Allah. Preuve en est pour l’émir de la mécréance déclarée du sultan des musulmans et du fait qu’il n’y ait plus à lui obéir. (…)”

Renaud K.

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Sarrazins N°4

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