Extrait Sarrazins N°2 I Ibn Rushd

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« (…) C’est dans un contexte nouveau de domination des Almohades qu’Ibn Rushd réalise ses premiers textes théologiques. Contrairement à de nombreux imams, malikites, nostalgiques de l’ère almoravide précédente, le jeune Ibn Rushd ne ménage pas son apathie. Il défend sans détour et dans le texte les différents points de croyance promus par les Almohades en un commentaire de la profession de foi (mourshida) jadis rédigée par leur père, le “mahdi” Ibn Tumart. (…) Dans Al kashf ‘an manahij al adilla fi ‘aqaid al milla (L’exposition des méthodes de preuve relatives aux dogmes de la religion) (…) il étale (…) dans cette œuvre ses positions à l’égard des quatre grands courants islamiques de son temps (…) à savoir le traditionalisme, l’asharisme, le mu’tazilisme et le soufisme. Aux asharites et mu’tazilites, il reprochait alors de trop faire dans la dialectique et de s’appuyer sur le probable, laissant par conséquent la porte grande ouverte aux opinions contradictoires. Pour Ibn Rushd, qui leur oppose l’usage du syllogisme scientifique, la dialectique en théologie ne mène qu’à la controverse sans fin. Plus sûr, il invite les savants à se concentrer sur l’œuvre de “l’Artisan” dans l’idée de se rapprocher du Divin. Il développe ainsi l’idée très platonicienne de l’accès au Divin via l’observation rationnelle et scientifique de Sa création, ceci au travers d’une réflexion métaphysique anticipant celle de Newton et d’autres. En somme, les sciences profanes ne sont plus profanes, mais des outils permettant de connaître le dessein d’Allah. En 563H (1168), Ibn Rushd publie ce qui sera son œuvre juridique la plus importante : Bidayat ul-mudjtahid wa nihayat ul-Muqtasid. Malikite de formation, Ibn Rushd avait, porté par sa préférence pour l’ijtihad, réalisé là, un ouvrage non pas de fiqh malikite à proprement parlé, mais un conséquent manuel de jurisprudence comparée. Il y cite et discute les avis des différentes écoles, même des zahirites (école minoritaire et considérée comme la plus littéraliste) et tente indirectement de montrer que le dynamisme juridique pouvait encore être la norme là où l’immobilisme avait pris le pas. Aussi (…) il écrira un Abrégé du Mustapha du savant perse et chaféite, Abu Hamid al Ghazali (…). C’est l’année suivant la parution de son Bidayat qu’il est promu cadi à Séville avant de devenir juge des juges en 589H (1189) à Cordoue, capitale de l’Espagne musulmane. Durant ces deux décennies d’exercice judiciaire, il promulgua nombre de fatwas respectant le plus précisément possible le droit canonique en vigueur, se positionnant tant sur les rites du Hajj que sur les peines légales et le Jihad contre les chrétiens dont il n’hésitait pas à fustiger la croyance dans ses textes. Lorsqu’il fait dans la science politique en accord avec les règles de l’islam, ceci en reprenant et commentant Platon et sa République, Ibn Rushd se fait encore le soutien ouvert des autorités almohades qu’il enjoint indirectement au Jihad contre lesdits chrétiens. “Les nations doivent être contraintes de l’extérieur. Dans le cas des nations rétives, cela ne peut se faire que par la guerre. (…) Les chemins qui dans cette Loi divine mènent à Allah sont deux : le premier se fait par le discours, le second par la guerre” (Commentaire de la République de Platon, I, VII, 11). En 574H, il réalise encore l’une de ses fatwa les plus connues : Fasl al-maqal fîma bain ashshari’ah wa al-hikmah min al-ittisal, ou le Discours décisif. En philosophe qu’il était devenu, il avait en celle-ci avancé le caractère obligatoire, ou recommandé, de l’apprentissage de la philosophie pour les seuls savants. À un al Ghazali qui la condamnait assez largement, Ibn Rushd tente ici de démontrer que la philosophie n’a aucune valeur à détourner du droit chemin si elle n’est pratiquée que par ceux qui en ont les compétences. La philosophie est pour Ibn Rushd un outil dans l’appréhension de la réalité qui ne peut mener, puisque scientifique, qu’à la vérité. Dans une même lignée, il n’y a pas pour lui lieu de chercher à concilier l’islam et la philosophie, puisque la Révélation même, qui est un appel à l’examen et à la réflexion, inviterait à cela. (…) »

 

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