Extrait Sarrazins N°1 I Ibn Taymiyya

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« (…) Il nait le 10 rabi al awwal 661 (janvier 1263) dans la ville de Harran, quelque part dans le Sultanat de Rum (Rum de Romains car territoire autrefois dominé par ces derniers) au sud de l’actuelle Anatolie. Cinq ans plus tôt, les Mongols emmenés par Hulagu Khan avaient ravagé Bagdad, capitale du Califat abbasside. Ibn Taymiyya passe ainsi les premières années de sa vie en périphérie d’un monde musulman complètement désemparé et sans plus d’autorité centrale. Les Mongols sont même très vite aux portes de sa région. C’est pour les parents d’Ibn Taymiyya le moment de plier bagage. Il a 6 ans quand il prend la route et emménage à Damas, l’autre ancienne et illustre capitale du monde musulman. La ville n’a rien d’Harran, sa cité natale. Immense, impressionnante et chargée d’histoire, Damas est aussi le lieu de bien des hommes de science. Ibn Taymiyya n’était déjà pas des moins lotis. Il eut pour oncle Fakhr ad Din (m. 622H/1225) et pour grand-père paternel Madjd ad Din (m. 653H/1255), deux imams très respectés. Son père, Shihab al Din Abu al Mahasin Abd al Halim, était un lettré hanbalite reconnu. Il avait une fois à Damas rapidement intégré l’école Sukkariyyah pour y devenir professeur de Hadith. De lui, Ibn Taymiyya apprendra beaucoup, comme de sa mère, Sitt al Mun’im bint Abd ar Rahman bint Ali bint Abdus, une dévote qu’Ibn Kathir qualifiera d’al shaykhat al saliha (la vertueuse savante). En plus de ses deux parents, le jeune Taqi ad Din fera ses leçons auprès des nombreux autres professeurs de la ville. Shams ad din Abd ar Rahman al Maqdissi, premier hanbalite devenu juge des juges en Syrie, sera l’un d’eux. Mémorisant très tôt le Coran, il étudie son adolescence à peine entamée son exégèse, le hadith et ses sciences ainsi que la langue arabe, la poésie, et la jurisprudence selon l’école de l’imam Ahmed. Sa capacité mémorielle et sa réflexion impressionnent tant ses ainés qu’à seulement 17 ans, le chaféite Sharaf ad din Ahmad al Maqdissi lui donne déjà l’autorisation de délivrer des fatwas. En termes d’éducation de l’âme et de science du tassawuf, il reçoit ni plus ni moins les enseignements du célèbre Abd al Qadir al Jilani de la bouche même de son disciple Ibn abu Umar ibn Qudama. Seules deux générations séparent en effet Ibn Taymiyya du théologien hanbalite et soufi susmentionné. Ses bases acquises, il se penche sur les sciences du kalam, très en vogue en un Moyen-Orient où la théologie asharite eut le temps de largement se diffuser. Il se fait encore les dents sur la logique et la philosophie, se construisant ainsi de solides bases en hérésiologie. Il lit pour cela les principaux livres des philosophes grecs et arabes, les œuvres des mystiques ou doctes chiites et les traités rédigés par les savants du kalam. Aussi, il étudie la Bible, les écrits des sabéens et astrologues et se prend même d’intérêt pour l’hébreu et le turc. Ne s’arrêtant pas aux seules sciences lui permettant de peaufiner son érudition religieuse, Ibn Taymiyya étudiera encore l’algèbre, les mathématiques et l’histoire. En 684 H (1285), à 22 ans à peine et déjà reconnu comme un savant, il lui est ainsi offert l’occasion d’enseigner l’exégèse coranique à la Grande Mosquée des Omeyyades de Damas. L’année d’avant, il était déjà devenu le directeur de l’école Sukkaviyya en qualité de professeur du hadith. Il remplaçait alors son père, tout juste mort et enterré en grande pompe, ne le laissant plus qu’avec sa mère et ses deux petits frères (…) »

 

L’article est à consulter en entier dans le numéro 1 de Sarrazins, dont la réédition est à paraitre à la fin du mois de novembre 2019, et à commander ici :  https://www.sarrazins.fr/produit/sarrazins-n1/