Extrait | Le tragique destin des Morisques

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L’arrivée sur le trône de Philippe II, farouche partisan de la Contre- Réforme catholique, en 963 H (1556), accentue encore le calvaire des morisques.

Les brimades se multiplient à leur encontre après la promulgation de la ‘Pragmatica’ en 974 H (1567) : interdiction de parler arabe ou de porter leurs vêtements maures traditionnels, scolarisation forcée des enfants morisques sous la tutelle de prêtres catholiques, interdiction du voile, et enfin destruction de près de 400 000 ouvrages arabes – dont de nombreux trésors scientifiques. La colère gronde, d’autant que le Roi refuse toutes les tentatives pacifiques de négociation.

La nuit de Noël de l’an 976 de l’hégire (1568), la révolte éclate enfin au cœur du quartier morisque de l’Albaicin, à Grenade : il s’agit de la première insurrection armée des Morisques depuis celle de Selim al-Manzor, en 932 H (1526) à Valence. Elle est dirigée par un jeune homme de 22 ans, qui est proclamé roi sous le nom de Muhammad ibn Umayya, Abén Humeya. Descendant des Omeyyades et fin stratège, il parvient à soulever toute la région des Alpujarras et compte bientôt 25 000 rebelles sous ses ordres.

La Régence d’Alger, dirigée par Uluç Ali Paşa, lui-même un renégat italien, ne tarde pas à lui procurer armes et renforts en combattants. Après trois ans de guérilla durant lesquels les rebelles morisques tiennent la dragée haute aux troupes espagnoles, l’assassinat d’Abén Humeya par son propre cousin Abén Abou, qui sera lui-même livré aux Espagnols par son cousin el Seniz, marque la perte de vitesse définitive de l’insurrection : en 979 H (1571), Don Juan d’Autriche écrase la révolte des Alpujarras dans le sang, les viols et les massacres de masse.

L’espoir d’une renaissance d’al-Andalus est désormais mort, et enterré. Les Morisques vaincus de Grenade sont dispersés manu militari à travers tout le pays, notamment en Castille. Les espoirs fous d’une invasion ottomane salvatrice ne verront jamais le jour, malgré l’existence bien réelle d’un plan d’opération coordonnée en 984 h (1576) entre la flotte ottomane censée débarquer à Valence, et les troupes huguenotes de France, au Nord, unis dans une détestation commune de la couronne catholique.

Les tensions entre Morisques et « anciens chrétiens » s’accentuent, les derniers accusant les premiers de manquer de sincérité dans leur conversion et de continuer à guider les raids barbaresques : les défaites espagnoles aux Pays-Bas et en Amérique, en provoquant une crise économique sans précédent, viennent encore aggraver la situation. Les nobles et ecclésiastiques les plus ‘modérés’, arguant que l’assimilation des Morisques prendra nécessairement du temps, sont alors dépassés par les faucons de l’Inquisition, à l’image de Jaime Bleda qui propose un génocide pur et simple en 1005 H (1596), ou de l’archevêque de Valence qui suggère de réduire les Morisques en esclavage sur les galères et dans les mines royales.

Le 9 avril 1609 (1018 H), le Roi d’Espagne Philippe III tranche entre ses conseillers en signant finalement l’édit d’expulsion des Morisques de ses domaines. Des bataillons entiers de tercios sont rapatriés d’Italie pour superviser l’opération : les Musulmans sont autorisés à prendre tout ce qu’ils pourront porter, tandis que leurs maisons et terres deviendront la propriété des nobles ou de la Couronne ; comme une insulte finale, ils sont enfin contraints de payer le prix du voyage.

Les conditions de la traversée sont bien souvent terribles : plusieurs navires surchargés font naufrage, et il n’est pas rare que des capitaines de bateaux dépouillent « leurs » Morisques avant de les jeter à la mer…

La suite à lire dans le 1er numéro de Sarrazins :

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