Extrait – Juifs en Dar al Islam

Posted on Posted inLectures

 

(…) Peu à peu, à force de fréquenter la cour des émirs et califes se succédant, les Juifs les mieux placés finissent par y trouver quelques oreilles attentives. En 279H (892), un certain Netira était ainsi devenu le confident même du calife abbasside al Muktadin après lui avoir fait part d’une affaire impliquant des détournements de fonds publics. Devenus les banquiers du pouvoir, qui allait leur réclamer des prêts, certains, tels Yacoub ibn Phinéas et Aaron ibn Amran, étaient ainsi devenus les personnalités les plus riches de Bagdad. Actifs dans les échanges de produits de luxe, les commerçants juifs excellent encore dans la traite humaine. Ces Radhanites, tels qu’appelés par Ibn Khordadbeh (m.299H/912), chef des postes de l’Etat abbasside d’alors, achetaient leurs esclaves, des païens, à Prague et ailleurs en Afrique pour les revendre à des notables chrétiens et musulmans. Forts de pieds-à-terre partout dans le monde et maîtrisant les langues de tous les empires qu’ils traversent, ils bénéficiaient de la protection des califes et émirs, à compter qu’ils se contentaient de ne vendre ni Gens du Livre (des entorses auront lieu) ni Musulmans.

Religieusement, le judaïsme talmudique connaît sous les Omeyyades et Abbassides ses meilleures heures. Les académies de Soura et Poumbedita, déplacées à Bagdad, produisent ainsi les œuvres qui font le judaïsme d’une période qu’on nomme celle des gueonim (autorités juives), illustrée par des rabbins tels que Saadia Gaon (m.330H/942), premier des siens à s’intéresser aux sciences profanes et à la philosophie grecque, aussi rédacteur d’un tafsir rabbinique de la Bible et autres ouvrages majeurs de la pensée juive. L’unification d’un territoire s’étalant maintenant sur des milliers de kilomètres permet d’ailleurs à la libre circulation des œuvres théologiques ; c’est grâce à cet empire musulman uni que les Juifs d’Espagne reçoivent leurs premiers Talmuds de Babylone.

S’ils sont peu à se convertir à l’islam, les Juifs s’arabisent cependant sans problèmes. En effet, à l’araméen, au latin et à l’égyptien ancien se substitue très vite dans les milieux juifs la langue du Coran, l’arabe. C’est le même Saadia Gaon qui réalise d’ailleurs la première traduction de la Bible hébraïque dans la langue des Musulmans. S’ils y ajoutent quelques terminologies propres au judaïsme, l’arabe parlé par les Juifs ne diffère donc pas de celui parlé par les Musulmans. C’est ainsi que la plupart des œuvres du judaïsme médiéval, d’abord autour de Bagdad puis ensuite au Maghreb et en Espagne, se font en arabe et non plus en hébreux, qui n’est alors utilisée à l’oral plus que par les érudits religieux. Les caractères hébreux, cependant, restent. Quelques fois, la langue arabe parlée est ainsi retranscrite en caractères hébraïques, donnant naissance à un dialecte unique : le judéo-arabe…

La suite à lire dans le second numéro de Sarrazins, en pré-commande ici :

https://www.sarrazins.fr/categorie-produit/boutique/