Extrait | Ibn Battuta, voyages

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– Extrait | Ibn Battuta, voyages –

(…) Nous sommes alors en 741 H (1341), Ibn Battuta a déjà passé plus de six années en Inde. Le roi de Chine avait en fait demandé la permission au sultan de Delhi de reconstruire un temple bouddhiste dans les monts de l’Himalaya situés sous sa juridiction. Le sultan y consentit à moins qu’il paie la capitation en échange. Pour rendre réponse, c’est toute une ambassade alourdie de présents qui est alors envoyée, Ibn Battuta y prenant malgré lui part.

Mais le projet est vite ajourné : à peine la route entamée, l’ambassade est déjà attaquée par des brigands et mise en déroute : Ibn Battuta est même capturé, avant d’être libéré et abandonné à lui dans une contrée où règnent des idolâtres. Mourant presque de soif, il est alors aidé par un  »saint homme », musulman, lui offrant ce qui lui faut pour repartir sur ses pas. De peur de retrouver un sultan en colère après l’échec de l’ambassade, Ibn Battuta va alors voguer de villes en villes de Goa à Calicut en passant par Cambay, dans l’espoir de re- joindre à terme et par les eaux la Chine.

Passé le mois de Ramadan de l’année 742 H (1342), il arrive à quitter le continent par la mer en montant sur l’un des nombreux bateaux allant vers l’est. A son grand désarroi, il se retrouve alors être le seul Musulman sur un bateau remplis de polythéistes revenant ivres chaque soirée passée sur la terre ferme.  »Aussi le mécontentement de mon esprit était extrême ». Il fait escale à Cranganore (Cundjy Cary dans le texte), où il trouve des Juifs qu’on dit descendre de ceux ayant fui la destruction de Jérusalem en 68 de l’ère chrétienne ; il aborde aussi Quilon (Caoulem dans le texte) jadis visitée par Marco Polo en laquelle se trouve encore des Rafidhites. Ibn Battuta aperçoit là que les Musulmans sont étrangement vénérés par des Hindous ne leur portant pas les armes. Il reste ensuite quelque temps à Honavar (Hinaour) où il se fait de nouveaux amis, avant d’être même invité à participer au Jihad que mène le sultan Jamal eddin al Hinaoury contre ses voisins.

Revenu vivant de cette bataille remportée par les Musulmans, il repart çà et là pour ensuite revenir à Calicut. Mais au grand dam de notre voyageur, ses compagnons rencontrés plus tôt ne sont plus là, ses biens non plus et ses esclaves, morts ou disparus (il achète tout au long de son périple des esclaves qu’il affranchit le plus souvent). Repoussant à plus tard son voyage vers la Chine, il reprend finalement la mer pour les îles Maldives, alors islamisées depuis quelques générations. Chaleureusement reçu, observé là aussi comme un sage et savant, il y retrouve rapidement, à la demande des locaux, les fonctions de juge qu’il avait laissées plus tôt en Inde.

Cherchant à appliquer la shari’a là où elle faisait défaut, il s’étonne cependant des réactions de ceux qu’ils retrouvent :  »J’ordonnais un jour (…) de couper la main d’un voleur ; plusieurs des indigènes qui se trouvaient dans la salle s’évanouirent ». Il peine aussi à obtenir des femmes locales qu’elles s’habillent, celles-ci ne couvrant ni leurs cheveux ni leur poitrine, ou alors ne faisant l’effort de le faire que pour venir le rencontrer. Se mariant d’ailleurs à plusieurs d’entre elles, dont une appartenant à la famille royale, il s’étonne encore de ne pouvoir manger en leur compagnie, la coutume étant qu’hommes et femmes, même mariés, ne mangent jamais ensemble. C’est aussi une femme qui dirige un temps l’île où il se trouve : Khadidja bint Djelal ad din Omar, celle-ci administrant admirablement bien son territoire à en juger les descriptions faites par notre voyageur, vantant toute la propreté et la piété de ses habitants.

Mais peinant à faire respecter la Loi, il finit là aussi par se décharger de ses prérogatives, préférant continuer son chemin. Aussi, ses hôtes avaient fini par le suspecter de chercher à un peu trop s’impliquer dans la vie politique de la petite localité. Aurait-il tenté de s’y faire calife à la place du calife ? (…)

Renaud K.

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