Extrait | Ibn Battuta chez les Turcs

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(…) Son enième pèlerinage fait, il commence la partie la plus conséquente de ses pérégrinations. En effet, Ibn Battuta se décide là à partir pour l’Inde. Mais en lieu et place d’un trajet direct vers Delhi, l’homme va d’abord s’atteler à visiter l’ensemble de l’Asie Mineure.

Passant à nouveau par l’Egypte puis la Syrie, il embarque alors pour la Turquie, qu’il nomme le pays des Grecs. Débarquant dans la petite ville d’Adalia, il s’étonne de la beauté du lieu et de la bonté de ses gens. Constatant le grand nombre de Chrétiens y vivant sous l’autorité des Turcs, il remarque cependant tout le ferme attachement à la sunna des Musulmans rencontrés répondant tous selon ce qu’il observe au rite d’Abu Hanifah.  »Il n’y a parmi eux ni qadarite, ni rafidhite, ni mu’tazilite, ni kharidjites » fait-il encore remarqué. Cependant, il ne manque pas de constater ô comment les locaux semblent apprécier la consommation de haschich, que même les plus dévots semblent consommer sans qu’aucune gêne ne les traverse.

De ce qui est l’actuelle Turquie, il verra aussi Antalya, l’une des plus belles villes du monde selon ses dires, et Akridour, capitale de la dynastie régnante. Il passera là-bas le début du mois de Ramadhan de l’année 733 H (1333) avant de se rendre à Konya, ville où repose la dépouille de Djalal ad din al Rumi, le célèbre mystique et juriste soufi.

C’est d’ailleurs au sein de confréries soufies, solidement unies en réseaux, qu’il traverse toute l’Anatolie. Elles lui offrent selon ses dires la meilleure hospitalité reçue – désintéressée qui plus est – de tout son périple. Ces confréries semblent d’ailleurs, au moment de son passage, véritablement se substituer à l’Etat quant à son rôle de faire l’ordre et rendre la justice.

Il traverse ensuite l’Émirat d’Aydin, puissance navale à cette époque redoutable du sud-ouest de l’Anatolie. Ses faits de guerre amèneront même les Chrétiens d’Europe à mener deux croisades contre l’Émirat peu après le départ d’Ibn Battuta. Désormais en territoire où l’arabe n’est plus langue officielle – seulement celles des pèlerins et souverains – le voyageur commence à devenir l’homme de lettres qu’il n’était que peu auparavant chez ses hôtes. Le sultan Mehmed Beg de Birgui le conviant à sa cour le prie d’ailleurs de lui transmettre des hadith.

À ce moment, entre autres anecdotes récurrentes en son récit, Ibn Battuta raconte dans son texte qu’il vit un jour un vieillard s’entretenir avec le sultan, les lecteurs du Coran restés assis en contrebas. Interpelé, demandant aux imams présents quel en était du statut de l’homme, il apprend avec stupeur que l’individu était un médecin juif :  »Ô maudit, fils de maudit, comment oses-tu t’asseoir au-dessus des lecteurs du Coran, toi qui n’es qu’un juif ? » reprochera-t-il à l’homme quittant la pièce en colère.  »Que Dieu te bénisse ! Nul autre que toi n’aurait osé parler à ce juif. Tu lui as appris à se connaître » lui rétorquera alors l’un des doctes présents…

Plus loin à Sinop, l’un des principaux ports anatoliens de la Mer Noire où il passe une quarantaine de jours, Ibn Battuta est là suspecter d’être des Rafidhites. Le voyant prier les bras le long du corps, à la manière des Malikites tel qu’il s’en défendra, les habitants, Hanafites et ayant vu des Rafidhites prier ainsi, éprouvent alors le voyageur en lui proposant de se nourrir d’un lièvre, animal que ne consommeraient pas les Rafidhites. L’égorgeant et le cuisinant, les Turcs finiront ainsi rassurés. (…)

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