Extrait Sarrazins N°1 I Quand l’Europe apprenait des Arabes

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“ (…) Des sciences dures aux sciences humaines et sociales, les savants ayant fait l’âge d’or de la civilisation islamique auront porté leurs développements dans la quasi-totalité des disciplines. (…) Le démarrage des Croisades est alors le moment pour les Européens d’opérer en un immense travail de traduction – de l’arabe au latin – tel que réalisé par les Arabo-musulmans quelques siècles plus tôt. (…) Concernant un premier temps, le seul pourtour pyrénéen, l’Italie est rapidement concerné. Au 11e siècle chrétien, un certain Constantin l’africain y amarre. Sûrement venu d’Ifriqya (Tunisie), il ramène avec lui ses traductions, essentiellement médicales, des oeuvres d’al Majussi et Hunayn ibn Ishaq. L’école de Salerne diffuse alors ses écrits, c’est une conception toute scientifique de la médecine que découvrent alors les Européens. Un engouement similaire touche la Sicile arrachée aux musulmans; le géographe Al Idrissi s’y fait l’érudit le plus en vue. Puis vint la ville de Pise. Accueillant les marchands et lettrés en provenance ou à destination du Levant, elle s’élève en cité savante grâce à la présence du mathématicien Leonardo Fibonacci. Ayant fait une partie de son instruction à Béjaïa, si on pense parfois qu’il fut celui qui introduisit les chiffres arabes en Europe, il est du moins l’une des figures majeures de la transmission des mathématiques théorisées dans le monde musulman. À la même période, la Reconquista menée par Alphonse VI de Castille en Espagne fait tomber Saragosse et Tolède. Ses bibliothèques et savants s’offrant alors aux conquérants chrétiens, ce sont les clercs et hommes de science de toute l’Europe qui s’y rendent. Encouragé par les archevêques locaux, ce travail de transmission va faire du savant traducteur une figure centrale d’époque. Ainsi de (…) Michel Scot, (…) Jean de Séville ou Robert de Chester (…) ou Abraham ben Daoud (…). Juif converti au christianisme et médecin du roi anglais Henri I, Pedro Alfonso de Huesca fut lui un élément essentiel dans la transmission des sciences arabes à l’Angleterre, ceci en fournissant de multiples ouvrages (dont ceux d’Al Khwarizmi et Abu Ma’shar) à Adelard de Bath, son élève et autre grand traducteur de son temps. Mais le plus prolifique (…) reste sans conteste Gérard de Crémone. On compte quelque 70 traductions à son actif. Il sera ainsi l’un des premiers à faire connaître aux cercles savants européens Ibn al Haytham, Al Razi, Al Farabi ou encore de Thabit ibn Qura. Au 13e siècle chrétien, si le mouvement de traduction ralentit, le mécénat se développe de plus en plus. À l’instar des califes de Bagdad plus tôt, certains souverains européens vont alors porter un œil des plus intéressés aux sciences. En exemples : Alphonse X roi de Castille et Frédéric II empereur de Germanie et roi de Sicile. Le premier va commander de multiples traductions de livres arabes, cette fois en castillan, à ses savants juifs, quand le second ira jusqu’à lui-même apprendre l’arabe et faire traduire l’oeuvre d’Ibn Rushd. Archimède, Diophante, Apollonius, Galien, Alexandre d’Aphrodite, Euclide, Thémistius, Jean Philopon, Ptolémée, Aristote et Platon ; tous sont redécouverts par le biais de ces traductions. Certaines universités tentent cependant bien de limiter l’introduction de ces oeuvres, mais sans grand succès. À l’inverse, quand l’université de Toulouse décide de s’attirer de nouveaux étudiants, elle n’hésite pas à vanter le fait que l’on puisse justement y étudier les oeuvres d’Aristote au travers des écrits d’Ibn Rushd. Le canon d’Ibn Sina devient aussi la référence des universités de médecine de Montpellier et Naples. L’université d’Oxford déroule encore le tapis rouge à Ibn al Haytham et ses travaux en optique et mathématiques. Les savants européens médiévaux ayant appris directement des Arabes et musulmans sont alors nombreux : Thierry de Chartres, Guillaume de Conches, Daniel de Morley ou encore Thomas d’Aquin. Ainsi, plus tard, de Léonard de Vinci, Copernic, Roger Bacon ou Isaac Newton. Aussi, quand le vocabulaire vient à manquer lorsqu’il est question de rester le plus fidèle au texte, les mots arabes sont tout simplement retranscrits selon l’alphabet latin. De là débarque dans le jargon européen tout un florilège de mots arabes latinisés. (…) »

 

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