Extrait I Ces capitales de l’Islam : Médine

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Résidence du Prophète Muḥammad après son émigration, Médine est la deuxième cité sainte de l’islam après La Mecque. Originellement nommée Yathrib, on retrouve déjà des traces d’elle dans les écrits de Ptolémée et Étienne de Byzance dès l’Antiquité. Peuplée de certaines des tribus juives les plus puissantes de la péninsule arabique, Médine est à l’époque de la Révélation – et après – le lieu de vie des Ansars, des Arabes convertis à l’islam ayant accueilli les mu- sulmans en proie aux persécutions des polythéistes mecquois. Lieu privilégié des musulmans du monde entier, c’est à Médine qu’a été rédigé le plus ancien docu- ment à caractère politique de l’islam, la « Constitution de Médine », et où a été édi- fiée la première des mosquées de l’histoire, celle de Quba. Capitale de l’État islamique sous les quatre premiers califes de l’histoire, de là partent les premiers musulmans à la conquête du monde. Mais la cité, capitale d’un empire, n’a rien des capitales des empires voisins ; modestement peuplée, ses califes y vivent dans le plus simple appareil. A la moitié du 7e siècle chrétien, Médine perd subitement, avec une première guerre civile ayant touché la communauté musulmane, son statut de centre politique avec la dynastie des Omeyyades, qui lui préfèrent Damas. Déchue, Médine est longtemps le refuge de ceux souhaitant rester à l’écart de l’agitation politique, autant que des opposants politiques au régime. Son statut de foyer contestataire lui vaut ainsi une première et violente mise à sac, par les forces de Yazīd, calife et fils de Mu’āwiya, en 60H (680). Médine restera en parallèle un haut lieu d’étude et la ville de nombreux personnages forts de l’islam primitif. ‘Ā’isha, l’épouse du Prophète Muḥammad ﷺ, y aura vécu le reste de sa vie, donnant cours et offrant ses hadith aux étudiants venus la rencontrer. Le fils d’Umar ibn al Khattāb, ‘Abd Allāh, ainsi que plusieurs des enfants du compagnon et calife ‘Alī y ont vécu, tels al-Ḥasan et Muḥammad Ibn al-Ḥanafiyya. C’est aussi l’une des villes où la jurisprudence islamique commença à prendre forme, il est ainsi souvent fait mention des “sept juristes de Médine” ayant fait le droit durant tout le premier siècle médinois. Outre al-Zuhrī, c’est le célèbre Mālik ibn Anas qui va y évoluer et poser les bases de l’école – de Médine – malikite. Au second siècle hégirien, on y trouve aussi Nāfi’ al-Laythī, l’auteur de l’une des sept lectures canoniques, mais aussi certains des premiers et meilleurs commentateurs du Coran. Passant sous l’autorité de l’ensemble des dynasties suivantes – des Bouyides aux Ottomans en passant par les Ayyoubides, Médine est pendant tout le millénaire qui s’en suit relativement à l’abri des troubles et guerres que connaît le monde de l’islam. Lieu de pèlerinage et d’études, la cité du Prophète est finalement prise par la dynastie Sa’ud et ses wahhabites en 1219H (1804). Pour la première fois dans son histoire, les visites pieuses rendues à sa tombe sont rendues illicites. Reprise par les armes peu après par les Ottomans, elle revient dans le giron saoudien après la Première Guerre mondiale. Un temps indépendante après la révolte du chérif – et proclamé roi des Arabes – de La Mecque, Ḥusayn ibn ‘Alī, Médine finit par définitivement revenir aux Sa’ūd après l’abolition du califat en 1341H (1923) avant d’être incorporée au royaume saoudien après sa création en 1351H (1932).

 

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