Extrait 2 – Sarrazins n°2

Posted on Posted inLectures

 

1412H (1992), le gouvernement pro-communiste de Mohammad Najibullah est contraint après la signature de l’accord de Peshawar de plier bagages afin de laisser place à un État nouveau : l’Etat Islamique d’Afghanistan. Mais tout le monde n’a pas été concerté, et déjà, les hostilités démarrent. Les trois organisations regroupant l’essentiel des moudjahidins ayant bouté les Soviétiques lèvent alors les armes contre Kaboul et très vite aussi entre elles. Le gouvernement, à peine mis en place et mal préparé, s’effondre aussi vite, plongeant l’ensemble du territoire dans un nouveau chaos.

À Kandahar, dans l’ombre se prépare Muhammad Omar. Lui aussi est un ancien moudjahid, on dit même qu’il s’était fait une spécialité de détruire au lance-roquette les tanks soviétiques lors de la grande guerre. La barbe fournie, l’œil droit crevé au combat, si l’homme s’est fait connaître sur le chemin de la bataille, on lui connaît également une certaine et solide érudition. En effet, il a jadis étudié l’arabe et les sciences islamiques avant la guerre au Pakistan. Après le Jihad mené contre les Soviétiques, il s’était retiré dans sa province natale afin de dispenser quelques cours à la jeunesse revenue des camps de réfugiés pakistanais. Mais las des exactions commises contre le peuple par les anciens seigneurs de guerre profitant de l’absence d’un Etat fort, il décide de prendre le problème à bras-le-corps.

En 1414H (1994), le prêcheur de Kandahar fait lever des armes, et en compagnie d’abord de quelques dizaines de ses étudiants, il s’en va recueillir les plaintes des petites gens pour trouver solutions à leurs problèmes. Leur première action leur vaut déjà une sévère réputation : ils font tout simplement pendre un seigneur de guerre pour l’enlèvement et le viol de deux jeunes filles. Muhammad Omar est aussi très déçu de voir que l’Etat nouveau n’ait eu d’islamique que le nom, d’autant plus qu’il n’a désormais le contrôle sur plus rien. Il s’investit alors d’une mission : rendre à Allah ce qui est à Allah et prendre la province de Kandahar sous son aile. De plus en plus d’étudiants, alors renommés Talibans, le rejoignent aussitôt. Ils sont des centaines, bientôt plusieurs milliers : 15 000 en moins d’un an. Au mois de novembre de la même année, c’est toute la province de Kandahar qui tombe aux mains de mouvement dirigé par le Mollah Omar. Les seigneurs de guerre locaux se soumettent alors au nouveau chef quand la corruption, soudainement, diminue. La Loi islamique est rétablie, les routes sont désormais plus sûres. À ce moment, les Talibans ont alors tout le soutien des populations locales.

Mais Kandahar est trop petite pour les aspirations du Mollah Omar. Aidé de ses Talibans, il reprend peu à peu le contrôle, sans trop de résistance, de toutes les provinces qu’il se décide à traverser. Au début de l’année 1415H (1995), ce sont 12 provinces sur 31 que les Talibans ont désormais sous leur juridiction. L’affaire inquiète plus que jamais le gouvernement national qui commence à peine à sortir la tête de l’eau : il tente quelques mesures pour pacifier le pays. Le colonel Massoud, tête de proue des moudjahidins ayant combattu les Soviétiques, est depuis devenu le ministre de la Défense. Craignant de s’en faire des ennemis plus que des alliés, il invite les Talibans à s’asseoir à la table des négociations, mais ceux-ci refusent, niant à l’appareil politique en place toute légitimité. Les Talibans sont à ce moment devenus un véritable contre pouvoir aux alliés non moins importants : ils sont, en effet, aidés, militairement et financièrement, par les services secrets pakistanais comme par le royaume saoudien. Des cargaisons d’armes et de matériels divers affluent des airs comme de terre depuis la frontière pakistanaise, rendant alors les Talibans de plus en plus efficaces, ceci au point où, ils se décident à définitivement sauter le pas et tenter la prise de la capitale…

La suite à lire dans le second numéro de Sarrazins d’octobre.

A commander ici :

https://www.sarrazins.fr/categorie-produit/boutique/