Esclave et musulman en Amerique

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Sur les près de quinze millions d’Africains faits esclaves en Amérique, un quart pouvait se réclamer de l’islam. Vendus aux marchands européens comme captifs de guerre, ces esclaves, qui généralement savaient lire et écrire, se battre et cultiver la terre, étaient l’objet de bien des fascinations. Souvent baptisés de force, il arrivait aussi qu’ils puissent bénéficier du libre exercice de leur culte. Certains esclavagistes rapportent ainsi dans leurs notes comment certains hommes sous leurs ordres étaient vu prier de bonne heure ou jeûner le mois de ramadan. Certains ont même ou être libérés après l’intervention de quelques États musulmans, rejoignant le Maroc, la Mauritanie ou plus tard, le Libéria. Car travailler pour des maîtres chrétiens pouvait leur être insupportable, les esclaves musulmans ont souvent été au cœur des plus grandes mutineries. Ainsi des révoltes de Bahia au Brésil ou le cas de l’Amistad, ce négrier espagnol repris par les captifs eux-mêmes après une mutinerie. Échouant au large de New York, en 1839 de l’ère chrétienne, les mutins, musulmans pour beaucoup, furent tous placés en détention et au centre d’un procès resté fameux, avant d’être libérés. Certains esclaves musulmans ont même laissé personnellement leur trace dans l’histoire des États-Unis. C’est le cas d’Omar ibn Saïd. Né et capturé dans l’actuel Sénégal, cet homme a laissé à ses contemporains pas moins de quatorze manuscrits qu’il avait rédigé lui-même en arabe. L’un est un ouvrage de fiqh malikite, un autre contient notamment l’intégralité de la sourate al Mūlk du Coran. Ce sont les premiers écrits islamiques et arabes rédigés sur le continent américain. Son allure raffinée et son érudition avait amené la presse locale a l’interviewer ; de nombreux anti-esclavagistes avaient même tenté de le faire libérer. Il mourrait un an avant l’abolition de l’esclavage. Le cas d’Abd Ar-raḥmān ibn Sori est tout aussi intéressant. Fils du sultan de l’imamat du Fouta Jalon, sa maîtrise de la culture du coton apprise au pays l’avait amené à être nommé chef de sa plantation, bénéficiant de quelques largesses, dont celle de pouvoir cultiver sa propre parcelle de terre et vendre ses produits au marché. Doué pour les langues et les sciences islamiques, Abd Ar-raḥmān avait reçu l’opportunité d’écrire une lettre en direction de sa famille qui arriva, une fois arrivée en Afrique, dans les mains du sultan marocain en personne. Touché, celui-ci réclama sa libération au président américain Adams. Concédant à la requête du sultan, le président américain permit ainsi à Abd Ar-raḥmān de réunir la somme nécessaire à son rapatriement en Afrique. Bien qu’ils aient été des centaines de milliers à avoir vécu aux Amériques, ces musulmans faits esclaves n’avaient que rarement pu transmettre leur religion à leurs descendants. Certaines influences ont néanmoins traversé le temps. On observe ainsi encore aujourd’hui des vaudous, aux Caraïbes, saluant leurs divinités avec un salam en se mettant à genoux et en levant les bras vers le ciel. Sur l’île de Sapelo, où Bilali Muhammad, l’un des esclaves musulmans les plus célèbres de son temps, aura eu sa descendance, les hommes et femmes sont encore séparés dans des églises construites en direction de La Mecque. Les fidèles y entrent d’ailleurs après avoir enlevé leurs chaussures et les femmes s’y couvrent la tête.

 

Renaud K.


 

Pour en savoir plus :

  • Muslim Slave Aristocrats in North Carolina, Thomas C. Parramore, The North Carolina Historical Review, Vol. 77, No. 2 (APRIL 2000), pp. 127-150
  • Islam in the African-American Experience. Richard Brent Turner, 2003
  • A muslim american slave, the live of Omar Ibn Saïd. Ala Alryyes, 2011

 

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