Du Levant français

 

Des siècles durant, les Francs vont avec les Croisades à de multiples reprises chercher à faire du Levant une de leurs provinces. Si à force de défaites ils cessent de s’y rendre le Moyen âge achevé, ils ne vont cependant jamais abandonner le projet. À l’aube de sa Révolution, la France devenue un temps l’alliée des Ottomans va tout justement profiter de la lente agonie de la Sublime Porte pour tenter d’y remettre un pied, et pour ne plus en repartir.

Au 18ème siècle chrétien, le saint-siège fait déjà de la France la protectrice exclusive des pèlerins et religieux catholiques passant par le Califat ottoman. Et c’est tout justement ce rôle qui va lui permettre de prétexter une nouvelle entrée dans le Dar al Islam. Elle met ainsi son drapeau tricolore en terre une première fois à Beyrouth en 1276 H (1860) lorsqu’il sera question de défendre les Chrétiens d’Orient (les Maronites) visés par des Chiites Ismaéliens (les Druzes). Napoléon III a là surtout un moyen d’étendre son influence dans la région tout en diminuant celle des Britanniques. Se tournant vers ce qui sera le Liban, la France fait alors fi du statut d’autonomie accordé par les Ottomans plus tôt à la région et fait dans l’ingérence la plus totale. Elle exerce dès lors sans que personne n’en soit avisé un droit de regard sur le choix de son gouverneur comme de ses conseillers.
En plein essor économique et industriel, la France place alors d’énormes capitaux autour du Mont Liban comme ailleurs en terre ottomane. Elle finance notamment l’essentiel des réseaux de communication qu’est en train de mettre en place le Califat turc. Cette habile manœuvre va en fait faire de la France la première et principale créancière de la Sublime Porte. Les Britanniques en font de même, mais ceci en se rabattant plus au sud en Arabie et autour. Avant le début de la Première Guerre mondiale, les Français sont alors dans le Califat comme chez eux. Protecteurs des Chrétiens, investisseurs massifs, ils cherchent aussi à culturellement s’implanter dans la durée. La France désormais républicaine développe ainsi sur l’ensemble du Dar al Islam un réseau d’écoles et d’établissements caritatifs qui scolarise peu avant la Première Guerre mondiale bientôt 100 000 enfants chaque année.

Il est partout pensé et répété que le Califat ottoman n’en a plus pour longtemps et la France y place ainsi ses pions en cas d’effondrement. Des pourparlers s’engagent aussi avec les concurrents britanniques afin de savoir qui gardera quoi. La France s’entend même avec l’Allemagne afin de contrôler les voies de chemin de fer en Syrie et en Palestine. Mais les Ottomans interrompent tout au début de la guerre : c’est la fin des Capitulations. Peu après, parce que s’étant lié à l’Allemagne dans ce conflit qui allait être l’un des plus sanglants de l’histoire, le Califat est simultanément attaqué par les puissances hostiles aux Allemands. En 1333H (1915), Russes, Anglais et Français s’accordent sans s’en cacher sur un plan de partage : les premiers prendront les Détroits de Constantinople et de la Thrace orientale ; les seconds, la Perse, l’Irak et le Golfe Persique (les zones pétrolières) ; les derniers, encore et toujours le Levant.

Les Britanniques décident cependant et en douce de répondre aux aspirations du chérif Hussein de la Mecque qui veut se faire le roi d’un grand royaume arabe empiétant sur la Syrie. Français et Britanniques se remettent alors à table en vue de négocier : c’est l’accord Sykes-Picot qui est signé peu avant la fin de la guerre. Mais aussitôt, les Britanniques reprenant le dessus sur le plan militaire, l’accord est entériné afin de permettre à un nouveau partage. La France garde cependant le contrôle, sous l’œil du célèbre général anglais Allenby de la zone nord de la Syrie. Acteur un temps secondaire, les Français reprennent néanmoins vite la main dès lors que les Britanniques sont contraints au retrait. Les troubles propres à leur empire, de l’Inde à l’Irlande, les empêchent de mener à bien leur politique au Levant. La France de Clémenceau reprend alors sans plus de problèmes pleinement « ses » droits en Syrie.

En 1337 H (le 12 janvier 1919) démarre aussi la fameuse Conférence de Paix à Paris. Le tant attendu démantèlement du Califat ottoman s’officialise et chacun vient y faire ses emplettes. Mais encore une fois, les aspirations françaises sont stoppées. Les États-Unis, entrant à ce moment dans la cour des grands, décident alors d’agiter le drapeau de l’anti impérialisme. Le président Wilson envoie même une commission d’enquête (King Crane) afin de savoir ce que veulent les populations. Le résultat est sans appel : la France n’est plus souhaitée excepter par certains au Mont Liban. Un grand Liban est créé dans la foulée en 1339 H (le 20 septembre 1920).
Toute une série de décisions sont prises les années suivantes entre Britanniques et Français quand une définitive conférence de San Remo vient attribuer à la France sa part tant souhaitée. Elle obtient enfin un mandat officiel sur la Syrie et le Liban. En soit, et sous l’égide de la Société des Nations naissante, les anciens territoires du Califat ottoman ont le droit de bénéficier de toute leur souveraineté « à la condition que les conseils et l’aide d’un mandataire guident leur administration jusqu’au moment où elles seront capables de se conduire seules » dixit l’article 22 de l’ancêtre de l’ONU.

Rencontrant d’abord une farouche résistance, l’armée française ne rentre à Damas qu’après avoir fait couler tout le sang des combattants syriens en sa périphérie. En 1344 H (1925), une révolte est encore violemment réprimée. « Pour son bonheur, le peuple syrien doit comprendre que s’il bouge, il sera de nouveau frappé. Ce peuple doit être mené comme un cheval bien dressé, qui portera son cavalier à merveille, mais si on lui cède à tort, le videra et ira se fracasser les membres dans le fossé » dira à l’occasion le général Gaston Vallier. Au contraire de nombreux habitants du Mont Liban, les Syriens vont jusqu’au bout voir dans les Français des occupants malveillants. Ne respectant pas leurs promesses, les occupants vont aussi tout tenter afin de morceler la région, inspirant les germes du nationalisme aux divers groupes ethniques et religieux présents. Y introduisant la laïcité et la démocratie élective, ils remplacent encore la Loi musulmane par un tout nouveau système judiciaire.

Jusqu’au 17 avril 1946 (1365 H), date à laquelle les Français quittent la région, ils auront pour certains posés les jalons des conflits (au Liban et en Syrie) ayant embrasé la région ensuite. Il n’est, en effet, pas exagéré de le penser. Les Alaouites, dont le grand-père même de Bachar al Asad, ont été directement cooptés dans les plus hauts rangs de l’administration et de l’armée par le colon français lui-même avant qu’il ne s’en aille…

1 thought on “Du Levant français

  1. So where can you begin? The first thing you certainly
    can do is begin off incorporating neighborhood into your key phrases.
    A fantastic case in point is if you’re attempting to sell essential oils, your keywords could
    possibly be »essential oils, » or even »high quality
    essential oils. » Nowadays you wish to introduce regional, and that means you turn your key word into a long tailed key word with site, these as »essential oils London »
    or »essential oils in New York » as illustrations.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.