Du Jihad des Huis contre le Japon

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Alors que la Seconde Guerre mondiale battait son plein, un autre conflit avait lieu dans “l’Empire du Milieu”. Démarrée en 1356 de l’hégire (1937), une seconde guerre avait ainsi opposé les Chinois aux Japonais, venus envahir ce qui est alors depuis peu une République populaire de Chine. Parmi les victimes de ce terrible conflit seront alors comptés de nombreux musulmans. Les Huis, des Chinois islamisés depuis près d’un millénaire, vont en effet être la cible de violences et humiliations diverses. Détruisant de nombreuses mosquées ou s’en servant de caveaux mortuaires, les forces japonaises vont encore forcer les musulmans des régions chinoises conquises à leur préparer du porc ou à servir d’esclaves sexuels. On voit notamment dans un film en noir et blanc réalisé par le révérend américain John Magee comment des familles entières avaient été massacrées à la baïonnette – les enfants en bas âge décapités – après que les femmes et filles eurent été violées et mutilées au niveau de leurs parties génitales. Dans certains districts, c’était même l’entièreté des Huis trouvés qui furent égorgés. Les bombardements japonais ayant fait des ravages dans les régions musulmanes de Chine, nombre d’entre les musulmans huis avaient alors fait front et résisté. Certains avaient même fait le tour des États d’Orient afin de sensibiliser les musulmans à leur cause, tentant par la même occasion de faire taire la propagande nippone très active auprès des dirigeants arabes. Ainsi de l’imam Da Pusheng (浦 生), un ancien étudiant d’al-Azhar, qui fit des pieds et des mains en ce sens en se rendant au Hijaz comme au Caire auprès des élites politiques d’époque. Sur place, en Chine, les musulmans étaient alors appelés au Jihad le plus total par leurs imams. Le très fameux Hu Songshan (賽爾敦丁) qui jouera un rôle de premier plan dans la résurgence du traditionalisme musulman dans le pays, faisait ainsi vibrer les rangs des mosquées en appelant à la destruction totale de l’occupant. C’est ce à quoi les seigneurs de guerre de la Clique des Ma – une confédération de guerriers musulmans huis – avaient évidemment répondu. Depuis peu incorporée dans la République de Chine, cette confédération avait alors offert certains des plus grands guerriers à l’État communiste, tel, les célèbres Ma Bufang (馬步芳) et Ma Hongkui (馬鴻逵). Exerçant directement en tant que lieutenants et généraux de guerre pour l’État ou oeuvrant en parallèle, les Huis en guerre – aidés aussi par des Turcs locaux – brilleront d’audace lors d’éclatantes batailles menées à cheval. Traquant les forces nippones lors de guet-apens, repoussant leur infanterie lors de batailles rangées, les musulmans menés par lesdits seigneurs vont à chaque occasion frapper plus fort. Décidés à marquer les esprits, ils se montreront d’ailleurs sans pitié à l’égard des vaincus : tous les Japonais défaits étaient dès que possible un à un décapité. Les diverses contre-offensives japonaises n’y feront rien, les troupes commandées par les hommes de la Clique des Ma ne feront à terme que l’emporter, aidant par là à durablement repousser les Japonais de la République chinoise. Après plusieurs centaines de milliers de morts, surtout des civils chinois et un nombre conséquent de musulmans locaux, cette guerre sino-japonaise prenait ainsi fin avec la capitulation, en 1364H (1945), du Japon face aux États-Unis. Entrés dans ladite guerre après que les Japonais aient attaqué Pearl Harbor dans le Pacifique, les Américains avaient alors mis un terme au conflit par le largage de deux bombes atomiques sur Nagasaki et Hiroshima.

 

Renaud K.


Pour en savoir plus :

  • Andrew D. W. Forbes (1986). Warlords and Muslims in Chinese Central Asia: a political history of Republican Sinkiang 1911–1949. Cambridge, England: CUP Archive. p. 130.
  • Michael Dillon (1999). China’s Muslim Hui community: migration, settlement and sects. Richmond: Curzon Press. p. 104.
  • Gladney, Dru C. (1997). Ethnic Identity in China: The Making of a Muslim Minority Nationality (Case Studies in Cultural Anthropology).