Dracula au pays des Ottomans

L’histoire se passe dans la moitié du 15e siècle chrétien. Dracula ou plutôt Vlad III ou encore Vlad Tepes, est alors un prince bassarab, descendant de la famille des Dracul gouvernant la Valachie (actuelle Roumanie) et appartenant à l’ordre occulte du Dragon. Naissant dans les années 830 de l’hégire (1430), il arrive en ce monde dans un contexte très mouvementé. Depuis peu, le Saint-Empire romain germanique et le reste des Etats chrétiens d’époque sont sérieusement menacés par les Ottomans. Les Byzantins se meurent, les Balkans se font musulmans, quand les principautés frontalières se battent pour subsister. La Valachie est alors une région qui oscille entre guerres et vassalité à l’égard de l’entité turque. Tandis son père décide de se soumettre au souverain musulman, Vlad est confié au sultan Murād II selon les codes du devchirmé. Envoyé avec son frère Radu dans la capitale ottomane, Andrinopole, ils reçoivent tous deux des savants et fonctionnaires ottomans une éducation faite d’armes et d’islam. Si Radu y prend goût, allant jusqu’à mémoriser le Coran et plus tard participer au Jihad contre les puissants Aq Qoyunlu, il n’en sera de même pour le dénommé Dracula. Issu d’une dynastie princière, il est cependant traité comme tel; Vlad peut se déplacer librement, correspondre, et même disposer de serviteurs. Libéré vers 852H (1448) après six années dans l’ombre du sultan, il décide alors de rentrer au pays et surtout, d’enfin s’y faire un nom. Avec quelques hommes prêtés par les autorités ottomanes, il va tout alors tenter de s’emparer du trône détenu depuis la mort de son père par Vladislav, un ennemi de la famille. D’abord repoussé, trouvant un pied-à-terre dans le royaume voisin de Bogdan II Musat, il réussit finalement son coup de force en une date désormais fatidique et correspondant à la chute de Constantinople aux mains des Turcs : 1453 (857 de l’hégire). Rejoignant le camp chrétien, Vlad se voit confier une armée. Il ne va cependant s’en servir qu’à ses seuls intérêts, renversant le pouvoir en Valachie trois ans plus tard. Décidé, il venge son père en faisant payer par tous les moyens possibles les Boyards, des nobles à l’origine du massacre des siens. Un dimanche de Pâques, il fait arrêter ces derniers après avoir fait empaler vifs certains de leurs chefs, contraignant le reste à une marche d’une centaine de kilomètres dans l’idée de lui construire une forteresse. L’édification du bâtiment va durer des mois, et la plupart d’entre eux vont y mourir. De nombreux récits font alors preuve de toute sa sévérité, faisant tuer, bouillir vifs, ou décapiter çà et là ceux ne lui obéissant pas. En 866H (1462), décidé à rompre définitivement avec les Ottomans, il défie ces derniers en une bataille menée sur le fleuve du Danube. Près de 30 000 Turcs vont y périr. Les Ottomans tenteront bien le jeu de la diplomatie ensuite, mais le prince de Valachie avait tout simplement fait planter un clou dans le crâne des émissaires envoyés par le sultan Mehmet II, faute de n’avoir su ôter leur turban face à lui. Quel effroi avait parcouru Mehmet II quand il décida d’en finir et d’envahir ce petit bout d’Europe lorsqu’il tomba sur ses hommes, qui par milliers, avaient été empalés aux abords des routes. Dracula en fuite, Radu le remplaçait afin de mieux renouveler l’allégeance de la Valachie à l’Empire turc. Tentant de se faire de nouveaux alliés parmi les catholiques, ceci quitte à en abjurer sa foi orthodoxe, il massacrait avec ses milices soldat sur soldat parmi les musulmans. Agacée par les excès de Dracula, la population comme la noblesse locale finit même par se désolidariser de lui; c’est ainsi, pensant trouver en Transylvanie de l’aide qu’il est arrêté par un chef hussite et mercenaire tchèque connu, Jan Jiskra. Emprisonné douze ans durant en Hongrie, il profitait de la mort de son frère pour revenir sur le trône de Valachie. Toujours aussi décidé à jeter les Ottomans hors de la région, il rassemblait une nouvelle armée avant d’envahir l’actuelle Bosnie. C’est une nouvelle fois faute à sa violence démesurée qu’il s’attire les foudres des petites gens; il est tué, sans que l’on sache par qui, un beau jour de l’an 881H (1476) et décapité. Sa tête voyagera alors jusqu’à être ramenée en personne au sultan ottoman, avant d’être affichée des mois durant sur un pic au milieu de Constantinople, à la vue de tous.

 

Renaud K.


Pour en savoir plus :

  • Matei Cazacu, L’Histoire du prince Dracula en Europe centrale et orientale (xve siècle) : présentation, édition critique, traduction et commentaire, Genève, Droz, coll. « Hautes études médiévales et modernes » (no 61), , XVI-217 p.
  • Issa Meyer, Le roman des Janissaires, Ribat Editions, 2018
  • Denis Buican, Les Métamorphoses de Dracula. L’histoire et la légende, Paris, Le Félin, 1993.

 

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