Dracula au pays des Ottomans

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Si nous connaissons tous son légendaire appétit pour le sang frais, nous connaissons moins son histoire commune partagée avec l’islam et les Musulmans en son temps. L’histoire se passe dans la moitié du 15ème siècle chrétien. Dracula ou plutôt Vlad III ou encore Vlad Tepes, est à l’origine un prince Bassarab, descendant de la famille des Dracul, gouvernant alors la Valachie (actuelle Roumanie). Dracul signifiant dragon, il appartient à ce qu’on nomme à l’époque l’ordre du dragon, réunissant une certaine noblesse chrétienne de l’est de l’Europe. Naissant dans les années 830 de l’hégire (1430…), il arrive en ce monde dans un contexte très mouvementé.

Depuis plusieurs décennies, le Saint-Empire romain germanique et le reste des Etats chrétiens d’époque sont sérieusement menacés par de nouveaux venus : les Ottomans. Les Byzantins se meurent, les Balkans se font musulmans, quand les principautés frontalières se battent pour subsister. La Valachie est alors une région qui oscille entre guerres et périodes de vassalité à l’égard de l’entité ottomane. Sa famille, les Dracul, sont alors de ceux qui tentent de négocier avec les Turcs, provoquant la colère de leurs confrères et Chrétiens voisins. À son grand désarroi, Vlad est confié alors par son père, Vlad II Dracul, au sultan ottoman Mourad II, respectant ainsi la tradition ottomane du devchirmé qui consistait en un « ramassage » de jeunes recrues parmi les Chrétiens afin de leur permettre une intégration dans l’Etat en tant que fonctionnaire une fois adultes. Envoyé avec son frère Radu dans la capitale ottomane, Andrinopole, ils reçoivent tous deux des savants ottomans une éducation faite d’armes, de sciences et d’islam. Si Radu y prend goût, allant jusqu’à travailler à mémoriser le Coran, il n’en sera pas de même pour le dénommé Dracula, qui dès le début s’était montré réfractaire aux enseignements qui lui étaient proposés.

Issu d’une dynastie princière, il était cependant, par les Ottomans, traité comme tel : Vlad peut donc se déplacer librement, correspondre, et même disposer de ses serviteurs. Radu, en grandissant, va alors, lui, devenir un reconnu combattant au service de l’islam et du pouvoir ottoman; on lui attribue même une victoire importante contre les puissants Aq Qoyunlu, qui planifiaient d’envahir le Moyen-Orient et l’Europe. Dracula, libéré autour de 852H (1448), soit au bout de 6 années dans l’ombre du sultan, décide alors de rentrer au pays et surtout, d’enfin se refaire un nom. Il regagne ainsi sa terre natale, non pas seul, mais avec un contingent d’une troupe prêtée par le pacha Mustapha Hassan. Avec celle-ci, il va tout simplement tenter de s’emparer du trône détenu depuis la mort de son père par un ennemi de la famille : Vladislav. D’abord repoussé, trouvant un pied-à-terre en un royaume voisin, celui de Bogdan II Musat, il réussit finalement son coup de force en une date désormais fatidique et correspondant à la chute de Constantinople aux mains des Turcs : 1453 (857 de l’hégire). La chute de la légendaire cité aux mains des Musulmans pousse les Chrétiens à devoir se coaliser pour repousser l’ennemi. C’est ainsi que l’on confie à Vlad une armée, mais dont il va se servir au final pour ses propres intérêts : il renverse le pouvoir en Valachie en 860 H (1456) et s’accapare le trône que tenait jadis son père.

Décidé, il venge son père en faisant payer par tous les moyens possibles les Boyards, des nobles dont sont issus ceux ayant fait éliminer sa propre famille en son absence. Un dimanche de Pâques, il fait ainsi arrêter toutes les familles trouvées, et après avoir fait empaler vifs certains de leurs chefs, il contraint les autres à marcher une centaine de kilomètres dans l’idée de lui construire une forteresse. L’édification du bâtiment va durer des mois, et la plupart d’entre eux vont y mourir. De nombreux récits (légendaires ?) font alors preuve de toute sa sévérité, faisant tuer, bouillir vifs, ou décapiter çà et là ses opposants. Jusqu’ici allié aux Ottomans, il va cependant prendre une décision lourde de conséquences : en 866H (1462), il se soulève contre leur ordre, consumant l’alliance en attaquant les Turcs lors d’une campagne menée sur le fleuve du Danube, provoquant la mort de près de 30 000 soldats musulmans. Les Ottomans avaient bien tenté une approche diplomatique après cet affront, il avait balayé d’un revers de la main leur geste, allant jusqu’à faire planter un clou dans le crâne d’émissaires turcs envoyés par le sultan Mehmet II venus le rencontrer faute de n’avoir su ôter leur turban. Le sultan, las de ces excès, décida après cela d’envahir la Valachie. C’est sur place qu’il découvre alors avec le calvaire vécu par ses hommes défaits : des centaines d’officiers et militaires turcs avaient été violemment empalés sur le chemin.

Dracula contraint à la fuite, c’est son frère Radu qui arrive alors à reprendre le trône, ceci en renouvelant son allégeance au sultan ottoman. C’est donc désormais contre son propre frère qu’il va devoir aussi se battre. Échappant à ses ennemis et tentant de se faire de nouveaux alliés parmi les Catholiques, quitte à en abjurer sa foi orthodoxe, il massacre avec ses milices, soldats sur soldats parmi les Musulmans. Agacée par les excès de Dracula, la population comme la noblesse locale finit même par se désolidariser de lui et rejoindre son frère Radu. C’est ainsi, pensant trouver en Transylvanie de l’aide auprès d’un certain Matthias Corvin, qu’il est arrêté par un chef hussite et mercenaire tchèque connu, Jan Jiskra, en novembre 1462 (867 H). Retenu dans la capitale de la Hongrie d’époque, il est libéré seulement une douzaine d’années plus tard. Mais l’homme n’a semble-t-il jamais renoncé à ses ambitions. Profitant de la mort de son frère, le voilà qui revint aussitôt après quelque temps d’errances à Bucarest sur le trône en son pays. Toujours aussi décidé à jeter les Ottomans hors de la région et prendre le pouvoir sur les régions voisines, il rassemble alors une armée afin d’envahir l’actuelle Bosnie, commettant à nouveau l’irréparable en massacrant les populations, faisant empaler ses prisonniers.

Ses actions vont accélérer la fin de son règne : quelques mois plus tard, il est, sans que l’on sache par qui, tué puis décapité. Sa tête voyagera alors jusqu’à être ramenée en personne au Sultan, avant d’être affichée des mois durant sur un pic au milieu de Constantinople, à la vue de tous.

Renaud K. 

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