Dinars et dirhams d’Europe

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Durant ce que l’on nomme communément l’âge d’or de la civilisation islamique, entre le 8 et le 12e siècle chrétien, l’économie du Dar al Islam était la plus prospère du monde. Ses monnaies, car elles étaient différentes selon les entités politiques, étaient alors les plus valorisées et appréciées du pourtour méditerranéen. Le commerce international étant déjà de mise, lesdites pièces circulaient ainsi librement de Bagdad à Aix-la-Chapelle, d’al-Andalus aux terres anglo-saxonnes. Les fouilles archéologiques réalisées en Europe de l’ouest depuis plus d’un siècle ont permis d’en déterrer des dizaines un peu partout. Sur le terrain de l’abbaye de Cluny – célèbre pour avoir notamment réalisé la première traduction en latin du Coran et été l’hôte du pape Urbain à l’origine de la passation des chiffres arabes en Europe – ont été retrouvés dans une poche en cuir des dinars datés au 6e siècle de l’hégire. Ces pièces avaient été frappées sous les règnes deʿAlī Ibn Yūsuf et de son fils, Tāshfīn, tous deux des descendants de Yūsuf Ibn Tāshfīn, l’illustre émir de la dynastie des Almoravides. D’autres à Vienne ont été retrouvées, datant du 2e siècle hégirien, époque à laquelle Carolingiens et Omeyyades d’al-Andalus se faisaient la guerre et où les Abbassides d’Espagne et Charlemagne étaient alors en lien. À Nantes, des dirhams d’or seront aussi retrouvés et datés à la fin du 3e siècle hégirien; des pièces coïncidant avec l’expédition viking contre l’Emirat de Nekor au Maghreb, au cours de laquelle des musulmanes capturées ont été libérées après versement d’une rançon –  en dirhams – par l’émir Muḥammad Ier de Cordoue. Un dirham de Grenade sera encore retrouvé en Bretagne, et bien d’autres. Des Pays-Bas à l’Irlande, de l’Italie à la Suisse, de similaires pièces ont été déterrées, allant du 1er siècle de l’hégire au 9e. Provenant essentiellement d’al-Andalus, ces pièces sont la conséquence directe de l’activité diplomatique et commerciale ayant lié les Omeyyades d’Espagne aux Carolingiens. Pour d’autres, elles sont alors le résultat des raids vikings menés au large d’al-Andalus ou sur les côtes du Maghreb. Quant aux pièces provenant de Bagdad sous l’ère abbasside, l’on peut y voir des éléments attestant des quelques échanges diplomatiques ayant eu lieu entre les souverains des différents empires d’alors. Quelques pièces venant de Constantinople à l’époque des Ottomans ont encore été retrouvées. L’or n’ayant véritablement été de mise en Europe qu’après la moitié du 13e siècle chrétien, les pièces de monnaie arabo-musulmanes ont ainsi été longtemps très appréciées. Elles sont évidemment la preuve de l’actif commerce international qui avait alors lieu entre la chrétienté et l’Islam, ceci au-delà des guerres et distances géographiques parfois conséquentes.

 

Renaud K.


Pour en savoir plus :

  • Catalogue des Monnaies musulmanes, Henri Lavoix, Imprimerie nationale, 1897
  • Origines et débuts de la monnaie musulmane, Claude Cahen, Comptes rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres Année 1985 129-1 pp. 16-25
  • Histoire économique du monde islamique: De l’Arabie préislamique à la dynastie umayyade, Ahmed Danyal Arif, L’Harmattan, 2019