Des Vikings en al-Andalus, part.1

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Au 3e siècle de l’hégire, les Vikings émergent soudainement dans l’historiographie européenne. Aidés de drakkars et forts de milliers d’hommes, ils avancent en conquérants et colons des îles britanniques au centre de la France, passant encore par Paris via la Seine et bientôt l’Islande qu’ils vont peupler. Enhardis par leurs raids fructueux et rêvant d’arpenter des eaux et terres que nul parmi leurs ancêtres n’avait approché, les Vikings vont alors tenter une percée en plein domaine de l’Islam, pôle civilisationnel le plus puissant et riche de l’époque. C’est ainsi qu’en 229H (844), quelques 80 vaisseaux nordiques sont vus approcher Lisbonne, alors une des nombreuses cités de l’Émirat omeyyade d’al-Andalus. Mal préparées, les forces musulmanes ne peuvent rien : les guerriers du nord assiègent la ville avant de remonter par les cours d’eau l’intérieur des terres jusqu’à arriver à Séville. Occupant cette dernière, les Vikings vont sans vergogne y massacrer les musulmans locaux, en capturer d’autres, et même, tenter d’y brûler la mosquée, en vain. Pour endiguer cette menace que personne n’avait vue venir, l’émir ʿAbd ar-Raḥmān II décrète alors le Jihad total, faisant se rallier pour un temps les différents clans habituellement en conflit. C’est surpris en pleine festivité que les Vikings restés à Séville sont pris à revers par les moudjahidines de l’Émirat; l’attaque est si violente que les Vikings capitulent sans condition. Si une partie est libérée afin de rentrer chez elle, plusieurs centaines d’entre eux sont condamnés à mort, suspendus au bout d’une corde aux arbres des alentours. Remontant le fleuve à rebours jusqu’à Lisbonne, les chroniques racontent comment ils furent accablés sur le retour par les musulmans leur jetant des pierres depuis le rivage. C’est après ce choc des civilisations qu’ʿAbd ar-Raḥmān prendra la décision de faire construire çà et là des fortifications et d’élever une flotte navale, bientôt la plus puissante du pourtour méditerranéen. Il envoie même, en guise de normalisation des relations islamo-vikings, une ambassade en leur direction : c’est le récit, bientôt posé à l’écrit, du lettré Yaḥya ibn al-Ḥakam al-Ghazāl  en terre norroise. Prenant le large en Atlantique avec d’autres hommes de la cour andalouse, il atteindra les terres vikings à la rencontre de leur roi, avant d’y rester près de 20 longs mois. S’entretenant avec l’épouse du roi – apparemment charmée par l’envoyé musulman – il croise encore le fer avec d’autres lors de jeux festifs tout en prenant les notes nécessaires des us et habitudes de ceux que les Hommes de l’Islam voyaient encore comme des Majus, des adorateurs du feu. Mais la trêve entre les deux parties ne tiendra pas. Seulement quinze ans plus tard, de nouveaux vikings sont vu franchir les armes à la main le détroit de Gibraltar. L’oeuvre est cette fois de Hastien, un chef viking, alors aidé par le fils du légendaire Ragnar Lothbrock : le fameux Bjorn. À suivre…

 

Renaud K.


Pour en savoir plus :

 

  • Les Vikings, Regis Boyer, Tempus, 2015
  • Ibn Diḥya, al-Muṭrib min ashʿār ahl al-Maghrib
  • Jon Stefansson, “The Vikings in Spain. From Arabic (Moorish) and Spanish Sources”, in Saga-Book of the Viking Club, Vol. VI Proceedings, University of London King’s College, 1909