Récits

Des soufis à la guerre

“(…) Au 5e siècle hégirien (11e siècle G), (…) al-Ghazālī, présenté comme l’un des penseurs les plus profonds du soufisme, préconisait déjà de faire la guerre au moins une fois l’an. Entre deux rappels à la Loi et autres réfutations du chiisme et de la philosophie, il adoubait encore le souverain des Almoravides, Yūsuf ibn Tāshfīn, dans sa conquête d’al-Andalus. ‘Abd al-Qādir al-Jīlānī, considéré comme l’imam ayant inspiré la création de la première des confréries, la Qādiriyya, était encore un fervent juriste hanbalite ayant émis les fatwas les plus sévères à l’égard des musulmans s’éloignant de la Loi. Ainsi d’Ibn ‘Arabī, peut-être la figure la plus révérée dans les cercles soufis. Poète, théologien spéculateur et mystique véritable, ses traités de droit laissent pourtant apparaître un personnage ô combien animé par la lutte armée contre les infidèles et par l’application de la Loi islamique. Vanter la guerre et la faire : al-Shādhilī, illustre maître soufi derrière la confrérie portant son nom, est vu en 648H (1250G) le sabre à la main défendre l’Egypte contre l’arrivée des Croisés lors de la bataille de Mansura. L’autre soufi de l’époque (…) ‘Izz al-Dīn ‘Abd al-Salām, y avait également participé. Ses prêches enflammés – ainsi que son livre, Aḥkām al­jihād wa­faḍā’ilihi – avaient fait de lui le propagandiste militaire le plus emblématique de son temps. Sultans et émirs ne seront pas en reste. Aussi fermement attaché à la Loi et à la lutte contre les Croisés, le sultan Ṣalāḥ al-Dīn avait fait le gros de son éducation dans les écoles soufies de son temps. La quasi-totalité des souverains mamelouks – ces Turcs et Slaves élevés au son de l’épée ayant régné sur le Moyen-Orient durant 250 ans – en feront de même. Ainsi de l’essentiel des souverains ottomans ensuite, ceci de Selīm à ‘Abd al- Ḥamīd, 2e du nom. Tous avaient entre deux campagnes militaires en Europe ou contre les chiites en Perse suivi les enseignements de quelques maîtres naqshbandis ou shadilites. Plus à l’Est, c’est le dernier grand Moghol, Awrangzīb, qui, en membre de la Naqshbandiyya, avait au début du 13e siècle hégirien (18e siècle G) fait de la Loi islamique et de la lutte dans le sentier divin la norme dans tout le sous-continent indien (…)”

Cet extrait est à retrouver dans le numéro 7 de Sarrazins, en vente ici :