Des califes et sultans métis

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Si le métissage était rare ou lent à s’imposer là où les Arabes – puis les Turcs – avaient eu à côtoyer des peuples nouvellement islamisés, il était cependant très courant dans la haute société musulmane. Les califes, sultans et émirs, ceci de la dynastie des Omeyyades à celle des Ottomans, étaient ainsi de façon quasi systématique issus d’un couple mixte. Comme très souvent, le souverain des musulmans avait à côté de son ou ses épouses plusieurs servantes, soit un nombre important de femmes avec lesquelles il pouvait avoir des enfants. Les servantes sont alors des captives de guerre ou esclaves vendues sur les marchés issues de terres ennemies quand les épouses légitimes sont souvent des princesses et filles de notables venues de clans et familles étrangères dont l’alliance servait à renforcer les liens diplomatiques. Elles sont alors essentiellement, dans les deux cas, des Slaves, des Grecques, des Turques, parfois des Berbères ou des Africaines de Nubie ou du Soudan, faisant évidemment de l’enfant né de cette union un métis. Ainsi, par exemple, de plusieurs des califes omeyyades et de la quasi-totalité des abbassides. Citons notamment les cas d’al-Manṣūr, al Muqtadir et al-Muṭīʿ; le premier était le fils d’une servante berbère nommé Sallāma, le second celui d’une Grecque nommée Shaghib, et le troisième celui d’une Slave nommée Mashʿala. Le plus célèbre des califes abbasside, Hārūn al-Rashīd, rendu connu dans le monde entier grâce au conte des Mille et une nuits, avait aussi eu pour femme une servante perse; ce pourquoi son fils, al-Ma’mun, sera d’ailleurs soutenu par toute l’aristocratie perse convertie à l’islam durant son règne. Chez les Omeyyades d’Espagne, on fait aussi remarquer que le premier des califes locaux et plus puissant d’entre eux, le célèbre ʿAbd al-Raḥmān III, était de par sa mère et son père (lui aussi le résultat d’un couple mixte) aux trois quarts basques et ibériques. Blond aux yeux bleus, le calife aura une descendance somme toute similaire. Ainsi, notamment, d’un d’eux, Hishām, qui était lui aussi le fils d’une célèbre Basque nommée Ṣubḥ. Si chez les souverains perses, d’Afrique sub-saharienne et d’Inde, les unions multiethniques sont moins courantes, chez les Ottomans, les enfants métis devenus sultans seront tout aussi souvent la norme. On se souvient ainsi de l’union de Suleyman le Magnifique avec la Slave Roxelane, qui donna entre autres le célèbre Sélim II. Lui-même aura pour favorite et épouse une certaine Nur-Banu, une Grecque avec laquelle il aura Murad III, 12e sultan des Ottomans, qui lui eut aussi pour femme une Albanaise du nom de Safiye Sultan, mère du sultan suivant. Au final, excepté quelques exceptions, la plupart des souverains des plus grandes dynasties ayant fait l’Histoire du monde musulman n’avaient presque plus rien du sang de leurs ancêtres – Arabes pour les Omeyyades et Abbassides ou Turcs pour les Ottomans – tant chaque calife ou sultan était issu d’une mère “étrangère” et d’un père déjà le fruit d’une union mixte.

 

Renaud K.