De l’Islam et la France

Moins d’un siècle après les derniers versets du Coran révélés, les Musulmans étaient déjà en Europe. Dans les années 90 de l’hégire (710), Berbères et Arabes font en effet tomber le royaume chrétien des Wisigoths. Très vite, sous l’égide des Omeyyades, des bataillons de Musulmans sont vus traverser les Pyrénées pour se retrouver sur le territoire de l’actuelle France. Narbonne est prise en 100H (719), suivie de Carcassonne et Nîmes. Gagnant l’Aquitaine, les Musulmans échouent à prendre Toulouse, mais gagnent du terrain à l’Est; ils atteignent Lyon et s’installent un temps à Avignon. À l’époque, le pourtour méditerranéen n’est cependant pas encore aux mains des Francs, ils ne sont dans un premier temps que peu concernés par les percées sarrasines. Mais menacés à terme sur leurs frontières par un certain général al Ghafiqi tentant une avancée vers Tours, les Francs finirent par se lancer les armes à la main contre ces Sarrasins dont ils ne savent encore rien. Pour le maire des Francs, Charles Martel (m.123H/741), c’est là, l’occasion toute trouvée de prendre à revers les Goths (peuple habitant la région), de s’accaparer la Septimanie et de faire valoir son titre de souverain de tous les Francs.

C’est en 114H (732) le moment de la fameuse bataille de Poitiers, en fait une escarmouche, qui s’interrompit dès le général musulman al Ghafiqi tué au combat. Bataille ultra mythifiée tant elle ne fut qu’une parmi d’autres dans le roman franco-musulman qui commence juste à s’écrire. Il faudra d’ailleurs attendre des siècles pour qu’elle soit enfin mentionnée dans les chroniques. S’installant encore à Arles, les forces musulmanes vont alors être occupées des années durant à repousser les incessantes attaques de Charles Martel, jusqu’à perdre çà et là du terrain. Mais le fief des Musulmans d’alors, Narbonne (Arbuna en arabe) résiste plutôt bien. On raconte même que son gouverneur, Uqba, y fait un si bon travail qu’il obtient la conversion de nombreux locaux. Pépin le bref reprenant les affaires du royaume franc en 134H (752), fait cependant tomber la Narbonnaise musulmane sept ans plus tard, faisant s’achever un chapitre de près de 40 ans où des Pyrénées-Orientales au Gard, de l’Hérault à l’Aude, l’adhan avait raisonné dans des mosquées fraîchement bâties. Les Musulmans n’abandonnent cependant pas le terrain. Durant tout le siècle suivant, si Narbonne est parfois visée, de nombreux raids militaires sont menés depuis la mer sur St Tropez et Marseille. À partir de 277H (890), les Musulmans occupent même toute une partie de la Côte d’Azur, tel le Massif des Maures, menant encore de régulières incursions dans les hautes terres. Leur présence va là durer près de 80 ans. Ayant au même moment conquis l’ensemble des îles méditerranéennes, dont la Corse, la marine musulmane est alors maîtresse des mers et peut avec une facilité déconcertante mener les raids qu’elle souhaite où elle le souhaite. On retrouve même quelques aventuriers enturbannés dans les Alpes.

Si la guerre était la norme, cela n’avait pas empêché le développement précoce d’une diplomatie franco-musulmane. Lorsqu’il fut question de contrer les Omeyyades installés en Espagne, les Francs n’ont ainsi pas hésité à se rapprocher de la dynastie abbasside détentrice du califat depuis 133H (751). Une ambassade franque est même envoyée à Bagdad, revenant des années plus tard chargée de présents offerts par le calife al Mansur (m.158H/775). Des liens commerciaux s’établissent entre Francs et Arabes, le dinar d’or devient même une monnaie couramment échangée jusqu’en Europe, où des copies sont même réalisées. Charlemagne (m.198H/814), homme d’Etat le plus puissant d’Occident à cet instant, est approché lors de son règne par les partisans abbassides d’Espagne désireux de détrôner les Omeyyades locaux. En 161H (778), il est vu traverser les Pyrénées avec plusieurs milliers de ses hommes pour leur apporter son soutien. Rebroussant chemin faute à des renforts partis de Bagdad peinant à arriver, il est attaqué au retour par des Basques : c’est la fameuse bataille de Roncevaux vantée dans l’épique chanson de Roland. 20 ans plus tard, c’est avec le célèbre calife des Mille et une nuit, Harun al Rashid (m.193H/809), que Charlemagne renoue contact.

Une décennie durant, des ambassades sont ainsi échangées entre Bagdad et Aix la Chapelle au cours desquelles les Francs se voient offrir des présents à l’époque inédits : des aromates venus des confins du monde, des tissus de Perse et d’ailleurs, une horloge automatique à eau, et plus étonnant, un éléphant de guerre, blanc, nommé Abul Abbas. Si les Francs abandonnent peu à peu leur lutte avec l’Espagne omeyyade, les échanges avec le monde abbasside vont, eux, longtemps perdurer. Louis le Pieux fera ainsi excellente réception en 216H (831) de l’ambassade du fils d’Harun al Rashid, al Ma’mun (m.218H/833), quand au siècle suivant, Berthe, fille du roi franc Lothaire, en fera de même avec le calife al Muktafi (m.295H/908). On raconte qu’elle se serait même proposer à lui en mariage…

Renaud K.

 

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