De l’islam et des musulmans en Chine

On fait traditionnellement remonter l’arrivée de l’islam en Chine à la 30e année de l’hégire (651) avec l’envoi par le calife ʿUthmān ibn ʿAffān d’une ambassade menée par Sa’d ibn Abi Waqqās, compagnon du Prophète Muḥammad (pssl). À l’occasion, l’empereur Tang aurait alors fait construire la mosquée Huaisheng dans la ville de Canton. Les historiens ne sont cependant pas tous d’accord sur l’authenticité de ce récit et préfèrent penser leur arrivée plus tard par le biais de marchands arabes et perses passés par l’Asie Centrale. D’abord en faible proportion, des musulmans de cette partie du monde vont en effet, au gré des siècles, peu à peu s’installer en Chine, aidant à la conversion de locaux. Avec l’arrivée de la dynastie mongole des Yuans en 669H (1271) à la tête du pays, leur nombre s’accroît très rapidement. Socialement, ils gagnent en influence, entrant en nombre dans les hautes fonctions de l’État. Ils participent alors directement au développement économique, politique et culturel de la Chine impériale. Sous la dynastie Ming suivante, nombre d’entre eux intègrent aussi les plus hauts postes de l’armée. L’un d’eux, Lán Yǔ, dirigera par exemple à la fin du 8e siècle hégirien l’armée chinoise contre les Mongols, remportant par là une bataille décisive pour l’avenir de la Chine. Plus tard, c’est le fameux Zheng He, un amiral musulman, qui se taille une réputation en menant à des fins diplomatiques et commerciales la plus grande flotte connue de l’Histoire. Il prenait l’Océan indien pour aborder l’Inde, l’Afrique et l’Arabie. C’est alors à la fin du Moyen Âge que l’islam en Chine connaît ce que certains nomment son âge d’or. Les musulmans chinois sont alors de plus en plus nombreux quand les descendants de migrants plus lointains assimilent les us et coutumes chinois pour mieux se sédentariser. Les centres d’études islamiques se démocratisent et outre le commerce et les affaires de l’État, les musulmans excellent aussi dans l’ensemble des sciences dites profanes. La situation se complique cependant avec l’arrivée des Qing, dynastie qui allait régner sur la Chine de 1644 à 1911 de l’ère chrétienne. Certains souverains ont en effet l’islam en horreur et de premières mesures anti-musulmanes sont ici et là mises en place. On interdit par exemple le sacrifice rituel comme le pèlerinage à La Mecque ou la construction de nouvelles mosquées. Les Huis – les musulmans chinois – se révoltent à plusieurs reprises. Au 20e siècle, la Chine devient une République et se laïcise; les musulmans chinois connaissent quelques sursauts de répits. Mais la Révolution culturelle démarrée en 1386 H (1966) fait renaitre les cendres de l’islamophobie : des mosquées sont détruites quand des Corans sont brûlés en public. Il faut attendre 1398 H (1978) pour voir le gouvernement opter pour une politique moins répressive. Encore que. Aujourd’hui, sur les cinquante-six ethnies reconnues en Chine, dix sont musulmanes. Les Huis sont majoritaires, suivi par les Ouïghours, musulmans d’Asie centrale dont la région – le Turkestan – est intégré à la Chine et peu à peu colonisé. Ces deux communautés représentent à elles seules la quasi-totalité des musulmans du pays. Les Kazakhs, Dongxiang, Kirghizes, Salars, Tadjiks, Ouzbeks, Bonan et Tatares forment les communautés suivantes, comptant pour certaines seulement quelques milliers de représentants. Au total, ils seraient entre 25 et 70 millions. Seuls les Huis sont compris comme des Chinois à part entière; les autres sont alors traités en citoyens de seconde zone. Les Ouïghours, particulièrement, sont depuis plusieurs décennies dans le collimateur du régime communiste. Interdits de pratiquer leur culte, ils sont victimes d’une des politiques islamophobes les plus radicales au monde. Considérés comme des étrangers et régulièrement suspectés de velléités djihadistes, ils sont placés en détention dès la moindre affirmation musulmane ou séparatiste. Entre un et trois millions d’entre eux occupent depuis des camps de rééducation et de travail forcé. 

Renaud K.

Pour en savoir plus :

  • Prières des Musulmans chinois, Thierry Zarcone, Koutoubia, 2009
  • L’islam de Chine, Elizabeth Allès, Karthala, 2013
  • Islamic thought in China, Edinburgh University Press, 2016

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