De l’inquisition en Islam

L’inquisition en Islam, si elle n’a jamais atteint les proportions qu’on lui connait en Occident chrétien, a certes existé. Les juifs et chrétiens, protégés par le statut de dhimmi, n’en avaient que rarement été la cible; il fut plutôt question de traquer ceux que le pouvoir considérait comme des hérétiques parmi les musulmans. Au 3e siècle de l’hégire, siècle de l’apogée des Abbassides, la secte rationaliste des mu’tazilites avaient, grâce à quelques califes charmés par leur verbe, accédé aux plus hauts postes de la judicature d’Etat; c’est par eux que la première entreprise inquisitoire était née. Traquant les imams et savants de l’orthodoxie sunnite, ils avaient fait de leur plus grand représentant d’époque, Aḥmad ibn ḥanbal, une cible privilégiée. Mis en prison par le calife al-Maʾmūn après avoir refusé de suivre la doctrine des mu’tazilites, il y fut torturé durant près de deux ans en vue d’abjurer sa foi avant d’être libéré suite aux pressions populaires. Quelques décennies plus tard, l’on fit condamner dans un tout autre genre un érudit du nom d’Ibn Shannabudh pour sa lecture du Coran. Usant d’une vulgate (celle du compagnon Ibn Mas‘ūd) délaissée depuis la compilation uthmanienne du Coran (le Coran que nous lisons est celui compilé sur ordre du calife et compagnon Uthmān ibn ʿAffān), il avait rencontré l’hostilité des plus grands connaisseurs du coran d’époque. Il dut pour cela affronter la justice et se rétracter publiquement. En 310H (922) s’était encore tenu à Bagdad le procès dit du siècle, celui d’al-Hallāj. Poursuivi pour son penchant prononcé pour l’hétérodoxie mystique et l’agitation sociale qui s’en était suivie, il fut exécuté, puis crucifié, après un long procès ayant fait la une des tabloïds d’époque. Plus tard, au 13e siècle chrétien, c’est en al-Andalus que l’inquisition poussait l’un de ses penseurs les plus prolifiques à l’exil. Mystique philosophant, Ibn Sab’īn avait en effet après moult controverses été accusé par ses comparses et juges d’être un moniste. Banni de Ceuta, soumis au silence, il mourrait à La Mecque après des années d’errance. Le siècle suivant, c’est le très célèbre Ibn Taymiyya qui dut faire face à divers juges et procès. Accusé par des partisans d’Ibn ʿArabī et autres théologiens scolastiques de déviances puis de libertés prises dans le droit, il fit plusieurs fois face à des juges, allant et sortant de prisons, avant d’y mourir à la suite d’un dernier procès. L’un des élèves d’Ibn Taymiyya, Ibn Kathīr, fut par ailleurs l’un des inquisiteurs les plus en vues de l’Etat mamelouk après la mort de son maître.

Renaud K.


Pour en savoir plus :

  • Walter Melville Patton, Aḥmed ibn Hạnbal and the Miḥna: A biography of the imâm including an account of the Moḥammedan inquisition called the Miḥna, 218-234 A.H., E.J. Brill, 1897, 54–55 p. (lire en ligne [archive])
  • Henri LaoustEssai sur les doctrines sociales et politiques de Taki-d-Din Ahmad b. Taimiya. Le Caire : coll. Mélanges de philologie et d’histoire de l’IFAO, 1939 .
  • François DÉROCHE, « Histoire du Coran. Texte et transmission », L’annuaire du Collège de France [En ligne]
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