De l’Empire moghol

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Tandis que l’Europe s’enfonçait dans ses guerres de Religion, l’Inde allait au 17e siècle connaître son apogée par le biais d’un Empire nommé moghol (Muġliyah Salṭanat). Son fondateur est Bābur – le tigre – un lointain descendant du Mongol Gengis Khan et du Turc Tamerlan. Sorti des steppes d’Asie Centrale, ce conquérant musulman et lettré reconnu défait ainsi en 932 de l’hégire (1526) le dernier sultan de Delhi, Ibrāhīm Lōdī, par le biais d’une armée de quelque 12 000 hommes qui arrivent, aidée d’une artillerie des plus modernes, à terrasser les 100 000 cavaliers adverses. S’emparant d’Agra, puis du Gange, il va alors laisser à sa descendance le soin d’ensuite s’emparer de l’Inde entière. Persanisés, les sultans moghols apportent à l’Inde la culture islamo-perse à l’origine des oeuvres les plus majestueuses de son histoire. D’immenses jardins sont sortis de terre ainsi que certains des mausolées et mosquées les plus majestueuses de l’histoire. C’est sous leur ère qu’est notamment bâti le Taj Mahal, bâtiment fait entièrement de marbre blanc, ou encore la grande mosquée de Lahore. Les sultans d’Inde ont alors tous en commun un goût prononcé pour les arts. En généreux mécènes, ils financent des projets de toute part, et permettent entre autres à l’éclosion du dessin des miniatures et à un certain âge d’or de la poésie indo-persane. L’éclectisme des élites sera longtemps la règle. À Hümāyūn, fils de Bābur et habile guerrier, avait ainsi succédé le très hétérodoxe Akbar, qui avait rompu avec la shari’a pour la promotion d’un syncrétisme religieux nouveau; Jahāngīr sera lui l’un des artisans de la propagation du soufisme en Inde; Shāh Djahān, le bâtisseur (le Taj Mahal) et fin politicien du lot; quand Awrangzīb, dernier Grand Moghol, se montrera un fervent panislamiste au travers de son conservatisme, ses réformes visant certaines pratiques hindoues (telle l’immolation par le feu des veuves) et sa réhabilitation de la capitation. Tous contribueront en tout cas à faire de l’Empire moghol l’État le plus puissant du monde d’époque. S’étalant sur plus de 3 millions de kilomètres carrés, allant de l’actuel Afghanistan au sud de l’Inde, l’Empire moghol abrite à son meilleur plus de 100 millions d’habitants, faisant la plus grande ombre aux Empires perses et ottomans voisins. Peuplé à majorité d’hindoues, ceux-ci forment la masse paysanne qui sert alors l’économie de l’Empire, un temps le plus prospère du monde. Des échanges culturels, diplomatiques et commerciaux naissent en parallèle avec l’Europe et même, avec l’Amérique fraîchement colonisée. Aux Moghols, les commerçants du Portugal, de Hollande ou d’Angleterre achètent ainsi le poivre, le corail, la cannelle ou l’ébène, mais aussi des tapis, l’indigo et des bijoux; le tout au travers de comptoirs installés sur tout le littoral indien. Mais ce commerce profite essentiellement aux puissances étrangères, qui, par le revenu tiré de ces échanges, finissent par imposer leurs normes et développer une flotte de plus en plus menaçante. C’est, profitant de la Guerre – mondiale – de sept ans, au milieu du 18e siècle chrétien, que les Européens forcent ainsi leur conquête de l’Inde islamique. Déjà abimé au lendemain de la mort d’Awrangzīb en 1119H (1707), l’Empire moghol aux mains d’empereurs affaiblis s’était alors fragmenté sous le poids des invasions perses, afghanes et marathes (des hindoues), pavant ainsi la route aux Britanniques qui, malgré la résistance des milieux soufis s’évertuant au Jihad, feront de l’Inde l’une de leurs colonies pour près d’un siècle. 

 

Renaud K.


  • Issa Meyer, Sarrazins N°3, Les Indes islamiques, 2019
  • John F. Richards, Gordon Johnson, The Mughal Empire, Cambridge University Press, , 337 p
  • Jean Paul Roux, Histoire de l’Empire moghol, Fayards, 1993