De l’Emirat des Sa’ūd – extrait

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(…) Ainsi, en 1220H (1805), Sa’ūd arrive après moults combats, à faire la conquête de Médine. Sur place, justifiant le fait que le Prophète (pssl) n’eut besoin des offrandes présentes autour de son tombeau, les Nejdites repartent de la ville – à l’image de ce qu’ils avaient fait plus tôt à Kerbala – avec un butin considérable. Sur ordre de Sa’ūd lui-même, l’entrée de la ville est alors dans la foulée interdite aux pèlerins, ceci afin d’empêcher dans que l’on vienne y visiter la tombe du Prophète (pssl) acte ô combien blasphématoire pour les imams du Nejd. En prenant le contrôle des deux villes saintes de l’islam, l’émir Sa’ūd défiait pour la première fois, de façon frontale, l’autorité califale d’Istanbul. Pour marquer le coup, il fait d’ailleurs remplacer le nom du sultan ottoman par le sien lors des prêches du vendredi. De Bagdad au Caire, l’image des wahhabites est faite : faisant couler le sang de musulmans qu’ils voyaient comme des apostats, puis rompant avec l’autorité califale, ils sont de nouveaux kharidjites contre qui le sabre doit être levé. En 1222H (1807), en passe d’être pacifiée, l’Arabie offrait alors sa dernière grande ville, Djedda, aux hommes de Sa’ūd. Maîtres de toute l’Arabie, ayant soumis le Yémen mais aussi Oman, disposant d’un pied à terre dans le Sud syrien et irakien; les Nejdites ont à cet instant en leur possession l’un des États islamiques les plus puissants de l’époque. Entre 50 et 100 000 hommes en armes pouvaient être mobilisés par l’émir le cas échéant. Dir’iya en capitale, l’Émirat nejdite est aussi économiquement prospère et contre toute attente très cosmopolite : des marchands et imams d’Égypte, d’Inde ou de Perse peuvent y être trouvés et le commerce international y est la règle. La criminalité et les conflits tribaux ne sont (presque) plus, et les mosquées sont à nouveau pleines. Les émirs et imams y sont parfois très riches, en témoigne les palais présents çà et là et la quantité d’esclaves à leur service. Riche comme nul autre dans le Nejd, l’émir Sa’ūd en possède alors plus d’un millier, presque autant de chevaux de race; sa bibliothèque personnelle accueille encore certaines des pièces les plus rares du patrimoine savant de l’islam. En matière de religiosité, c’est tout l’establishment religieux de l’Arabie qui est désormais, au début du 19e siècle chrétien, aux mains des disciples et fils de l’imam Ibn ‘Abd al- Wahhāb. Parmi les principaux pôles de la prédication wahhabite figurent à cet instant – outre Hammad Ibn Naçir – les fameux Muḥammad Ibn Aḥmad al Hifdhi et ‘Abd Al-lāh Abū Butayn. Les oeuvres du wahhabisme classique se multiplient et traversent déjà les frontières; les oeuvres de Muḥammad Ibn ‘Abd al-Wahhāb commencent à être lues au-dehors de l’Arabie. En 1225H (1810), l’Émirat établit même des liens diplomatiques avec l’État musulman le plus à l’Ouest : le Royaume du Maroc. Séduit par la doctrine professée par les Sa’ūd et ses imams, le sultan alaouite Sulaymān Ibn Muḥammad entretient alors de cordiales relations avec l’émir; des copies du Kitāb al-tawḥīd et d’autres ouvrages d’Ibn ‘Abd al-Wahhāb sont diffusés à ce moment dans tout le royaume…

 

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