De l’école hanafite

Posted on Posted inEn bref

École de jurisprudence musulmane la plus ancienne de l’histoire, l’école hanafite est née des travaux du savant Abū Ḥanīfa, l’un des plus reconnus et anciens imams de l’islam. Ce natif – un tabi’i – de Kufa en Irak avait au-delà d’une érudition incroyable été le premier à avoir fait du raisonnement analogique un outil dans la recherche de l’avis juste. Ou l’alliance du texte et de la raison. Adulé en son temps et plus encore après, il avait attiré de nombreux étudiants. Parmi eux : ash-Shaybānī et Abū Yūsuf. C’est eux qui feront des vues et de la méthodologie de leur maître une école. Tandis que les trois autres écoles se constituaient – le shaféisme, le malikisme, le hanbalisme – au siècle suivant, l’école hanafite avait déjà gagné les plus hautes sphères de la judicature de l’État abbasside naissant. Les juges et juristes les plus fameux de Bagdad au Caire étaient longtemps hanafites, avant d’être concurrencés par les malikites en Afrique du Nord, et les hanbalites et chaféites en Orient. N’ayant guère atteint l’al-Andalus ni l’Afrique noire, le hanafisme aura par contre été l’école de bien des Perses et de la quasi-totalité des Turcs. Ainsi des Seldjoukides au 11e siècle chrétien – époque où l’école sera pleinement compilée – puis de la majorité des dynasties musulmanes d’Asie, y compris des Timourides, Moghols et Ottomans. L’école hanafite avait même un temps la norme en certaines cités du Maghreb. Mais la collaboration de certains imams de l’école avec les conquérants fatimides – des chiites ayant instauré leur califat de l’Afrique du Nord à la Palestine – avait définitivement effrité la confiance des foules qui lui préfèrent le malikisme. Servant au 16e siècle chrétien de base au Qanūn de Suleimān le Magnifique – soit le code de loi ottoman – ainsi qu’au Fatāwā al-ʿĀlamgīriyya de l’empereur moghol Aurangzeb – soit le code de loi ayant servi à une grande partie de l’Asie du sud-est – le hanafisme avait été l’école d’un grand nombre de savants. L’on peut compter parmis eux le théologien al-Ṭaḥāwī, le soufi ʿAbd al-Ghanī al-Nābulusī, le mystique Jalāl ad-Dīn Rūmī ou encore le spécialiste du hadith Shāh Walīullāh Dehlawī. Allant souvent de pair avec l’école de croyance maturidite (aux côtés des écoles asharites et atharites), le hanafisme sera aussi le madhab de bien des réformateurs modernes et militants anticolonialistes du monde oriental; ainsi de la confrérie soufie des Naqshbandis, des Deobandis, puis plus tard des Talibans et de certains mouvements armés d’Asie du Sud-est. Adopté par les musulmans des Balkans à la Chine, de l’Azerbaïdjan à l’Inde, le hanafisme est finalement devenu l’école de droit numériquement la plus suivie de l’histoire de l’islam.

 

Renaud K.


Pour en savoir plus :

  • Nurit Tsafrir, The History of an Islamic School of Law: The Early Spread of Hanafism (Harvard, Harvard Law School, 2004) (Harvard Series in Islamic Law, 3)
  • Burak, Guy (2015). The Second Formation of Islamic Law: The Ḥanafī School in the Early Modern Ottoman Empire. Cambridge: Cambridge University Press.
  • Aḥmad Taymūr, Regard historique sur la diffusion des écoles juridiques, L’Harmattan, 2019
    .