De l’Afrique des califes et émirs, 2nd partie

Longtemps peinte comme une terre faite de tribus primitives et intellectuellement en retard, nous sommes ainsi loin d’imaginer à quel point l’Afrique sub-saharienne fut prospère et riche de savants et souverains puissants à la tête d’Etat des mieux structurés avant l’arrivée des colons européens au 16ème siècle chrétien.

Le géographe Al Farazi décrivait déjà dans les années 900 l’empire du Ghana comme le « pays de l’or ». Économiquement stables, les Musulmans d’Afrique du Nord multiplieront les routes commerciales avec ces différentes villes que comptera alors le Soudan.

L’islam gagnant la haute société subsaharienne, de tout le Soudan Occidental va aussi sortir des Africains venant étudier plus un Nord, en Egypte, nécessitant même la création d’une section spéciale à l’université d’Al Azhar au milieu du 6ème siècle de l’hégire et supervisée par le Faqih Ibn Rashiq, juriste malikite reconnu. Parmi les savants sub-sahariens partis étudier en Egypte, mais aussi à Fès, Tlemcen, Kairouan, ou enxore en Arabie, citons Katib Moussa, officiant en tant qu’imam de la grande mosquée de Tombouctou pendant 40 ans, Ali ibn Yahya As-sanhaji Al-Massufi, lui aussi Cadi de Tombouctou, Ahmed ibn Omar Mohamed Aqit, ou encore Makhlouf Ben Ali Ben Saleh al-Balbali, qui à travers ses voyages répandit son savoir dans toute l’Afrique de l’Ouest.

« L’islam noir » est alors longtemps celui des riches commerçants, rois et savants. C’est aussi comme cela que le perçoivent les Arabes lorsqu’ils les reçoivent peu à peu au cœur de la Mosquée Sacrée. De richissimes personnalités du Soudan, issues des différents Etats s’islamisant, parviennent de plus en plus souvent en Péninsule arabique, réclamant savants et sciences en vue d’en faire profiter leurs sujets restés au pays.

Le plus fameux de ces personnages restera celui du sultan Mansa Moussa du Mali. Souverain souvent considéré comme l’homme le plus riche que le terre ait connu, il avait en 724 H (1324) entamé un pèlerinage resté dans les annales. 60 000 hommes, 3200 km parcourus en une année ; 80 chameaux transportaient chacun entre 25 et 130 kg de poussière d’or, qu’il distribuera tout au long de son voyage aux populations rencontrées. Une distribution telle qu’il fera à lui seul chuter le cour de l’or de la région annonçant une crise économique de près de 10 ans. Il a été rapporté qu’il ordonna la construction d’une mosquée chaque vendredi où ils purent s’arrêter. Au retour de La Mecque, il revint au Mali avec tout un contingent de savants et architectes (fabricants ainsi les premières mosquées à l’aide de la technique de la brique brûlée) mais aussi d’ouvrages islamiques en tous genres comme dans les domaines de l’arabe et des sciences diverses.

D’Al-Umari à Abu-sa’id Uthman ad-Dukkali, d’Ibn Khaldoun à Ibn Battuta, nombreux seront les savants musulmans qui retranscriront le faste et la piété de ce dirigeant hors du commun. Ayant englobé en son empire l’ensemble des petits émirats et territoires anciennement ghanéens, Tombouctou, Gao,  Djenné, Walata deviennent avec lui célèbres en tant que centres culturels. Des étudiants de tout le monde musulman s’y rendaient. L’arabe devient à ce moment la langue de la science, de la culture et de l’écriture dans toute l’Afrique de l’ouest.

Plus tard, dans l’Empire Songaï, les savants de l’islam deviennent de véritables piliers du régime participant de près à la politique du gouvernement. C’est l’époque de l’empereur Askia Mohammed. L’islam devient religion du droit, de la justice et de l’élévation scientifique. Les savants s’activent à faire de la juridiction islamique la norme, alors que les pratiques animistes n’ont pas encore disparu. Faisant venir des savants du Maroc comme du Hidjaz, il poursuit le développement de l’école malikite entamé par ses prédécesseurs. Lors de son pèlerinage, il fait acheter à La Mecque et à Médine des jardins et des maisons pour ensuite les conserver en vue d’y accueillir des savants et étudiants originaires du Soudan Occidental ainsi que des pauvres. Durant les 33 ans de son règne, il ouvre des bibliothèques publiques et fait engager des écrivains qui lui recopiaient des livres ensuite offerts aux savants.

Les savants maghrébins seront très nombreux à s’y rendre afin de diffuser l’islam aux désireux. On peut citer parmi eux Mohamed al Maghili, Saleh ibn Mahamoud Andy Omar, ou encore Abou al Kassim al Tuati. D’autres ayant fui les persécutions du païen Sonni Ali auparavant au pouvoir furent rappelés à Tombouctou, indemnisés et vus accordés un statut tout particulier : leurs biens et leurs personnes ainsi que leurs progénitures devinrent inviolables à vie. L’université de Sankoré comme la Grande Mosquée de Sidi Yahia firent de Tombouctou un centre islamique des plus enviés. La capitale de l’Empire devenait le marché local de livres et manuscrits de tout le monde islamique que l’on recopiait et revendait et des bibliothèques privées étaient régulièrement crées par les savants musulmans…

Renaud K.

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