De la Somalie musulmane

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Avant d’être le pays en proie à la pauvreté et à la violence que l’on connaît, la Somalie avait jadis été connu comme une plate-forme active de l’islamisation de l’Afrique de l’Est, terre de puissants sultanats et hommes d’action.

Très tôt, cette partie de la Corne de l’Afrique, aussi nommée Balad al Barbar (Pays des Berbères), de l’antique appellation donnée par les Grecs aux peuples de cette contrée, avait déjà servi d’asile politique à nombre de rebelles musulmans. Zaydites (Chiites) et habitants de l’Oman (dont des Kharidjites) fuyant le califat abbasside vont en effet s’y établir en nombre dès le 3ème siècle de l’hégire. L’actuelle capitale du pays, Mogadiscio (Maqdishu) sera même fondée en partie par de ces réfugiés venus de la péninsule arabique.

Au cours des siècles suivants, ce sont des commerçants par milliers de toute l’Arabie et d’ailleurs qui s’y établiront, prenant place dans les ports de la région qu’étaient Zayla et Bandar Abbas. Surtout confiné aux côtes, l’islam ne va néanmoins pas tarder à pénétrer l’intérieur des terres arides et hostiles du pays. Le géographe chiite al Ya’qubi (mort en 284 H) au service des Abbassides faisait ainsi dans ses travaux déjà mention de « Somalis » menant de l’intérieur du pays le Jihad contre les Chrétiens d’Éthiopie, aidant à l’établissement de nombreux sultanats islamiques dans la région. C’est dans l’un d’eux, celui de Mogadiscio, que le célèbre Ibn Battuta fera d’ailleurs escale quelques siècles plus tard avant de s’enfoncer plus au sud des terres.

Mogadiscio, capitale du pays aujourd’hui, était à l’époque la capitale d’un sultanat qui avait duré 4 siècles. Ville majeure de l’Est africain, experte dans le commerce d’or et de tissu, elle verra aussi le voyageur et diplomate Zheng He, un Chinois, musulman, qui dirigeant pour son empereur la flotte la plus importante de l’histoire avait fait escale en cet endroit. Gérée par la dynastie Muzzafar, les Portugais auront longtemps tentés de s’approprier la dite capitale, mais sans jamais y arriver.

Un sultanat d’Ifat, avec pour capitale la ville de Berbera, avait lui aussi au Moyen âge su se maintenir deux siècles durant aux mains de la dynastie des Walashma. Mais soumis aux rois éthiopiens qui l’intègrent dans leur empire et en proie à de multiples révoltes, le sultanat va laisser autour de 818 H (1415) sa place à un autre : le sultanat d’Adal. Sous les ordres d’Ahmad ibn Ibrahim al Ghazi, cet État islamique aura été le plus puissant de l’histoire de la Corne de l’Afrique. Déclarant ouvertement la guerre aux Éthiopiens, le sultan somali permet l’indépendance à son État tout comme une réussite économique et militaire exemplaire. Il défait même les Portugais un 16 Joumada Al-Awwal 949 H (28 août 1542) aidé de milliers de mujahid et d’armes fournies par les Turcs, capturant le frère du voyageur Vasco de Gama, Cristovao, qui resté en Afrique pour combattre les Musulmans sera décapité sur ordre d’Ahmad avant que son corps soit coupé en quartiers… Soumettant les régions de l’actuelle Éthiopie une par une, l’imam et sultan d’Adal va même obliger le Negus à se réfugier dans les montagnes, poussant les populations à embrasser l’islam.
Alors que l’Empire éthiopien s’apprêtait à s’effondrer, les seize années de guerre s’interrompent brusquement lors de la bataille de Wayna Daga en 950 H (1543) en laquelle le sultan des Somali est tué. L’Éthiopie reprenant du terrain, la descendance d’Ahmad finira par toujours perdre plus de pouvoir sur leurs terres, pour au final se recroqueviller sur le seul territoire Afar (actuelle Éthiopie) en un Sultanat nommé Aussa.

Le sultanat Ajuran sera encore l’un de ces États islamiques notoires que va compter la Somalie. Léguant aux Somaliens une bonne partie de ce qui est encore maintenant leur patrimoine culturel, ce sultanat avait en effet exceller dans les arts, comme dans le commerce et l’ingénierie. Des marchands de tout le pourtour de l’océan indien s’y rendaient ; sa monnaie était d’ailleurs si forte qu’elle était utilisée jusqu’au Nejd. La fameuse Maison Garen, en fait une dynastie, avait d’une main de fer gouverner le territoire et aidé à son islamisation avant de disparaitre au profit (17ème siècle chrétien) d’une dynastie nouvelle posant les bases au 17ème siècle chrétien du sultanat de Geledi.

Plus tard et peu avec la venue des Européens sur son sol, la Somalie va recevoir la prédication de plusieurs imams soufis et leurs confréries. On peut notamment citer celle d’Ahmad ibn Idris, la tariqa Idrissiya. Un dernier État islamique va encore y sortir de terre en 1281 H (1864) que certains seront tentés de nommer le califat Sahili. Tenant jusqu’en 1338 H (1920), cet État tenu par la confrérie des Sahaliyya va des décennies durant repousser les assauts des Italiens et Britanniques. Combattant encore les confréries concurrentes, ils appliqueront la Shari’a sans ménagements, luttant encore contre le culte des tombes et le commerce, à cette époque croissant, du tabac.

Entièrement islamisée, la Somalie avait avec le temps adoptée le chaféisme comme école de droit et l’arabe en langue officielle. Devenue une région phare de l’islam du continent africain avant de décroitre en influence, la Somalie, après une partielle occupation omanaise (sultanat d’Oman) va le 20ème siècle chrétien entamé entièrement passée sous contrôle des puissances européennes avant de regagner une indépendance de façade en 1380 H (1960).

Renaud K.