De la police en terre d’Islam

Instituée par le 2nd calife de l’islam ʿUmar – ou Muʿāwiya – la police en terre d’Islam est presque aussi vieille que l’Etat islamique. On parle alors de shurṭiyya, du policier comme shurṭī et du chef de la police comme du ṣāḥib al-shurṭa. L’idée est alors de faire respecter la loi et l’ordre par le biais d’unités d’élite des forces armées arpentant les rues des grandes cités de l’Empire. Elle protège les villages du brigandage, opère en des rondes la nuit, contrôle la qualité du travail des artisans, les prix de vente sur les marchés (en parallèle à la ḥisba, “police” chargée de la bonne pratique religieuse des citoyens) et assiste les agents dans la collecte de l’impôt. Leur rôle est aussi d’écraser les révoltes – régulières – ou d’affermir l’autorité du calife. Le calife pouvait encore s’en servir afin de mieux se protéger des coups d’Etat de l’armée, souvent le lieu de tous les contre-pouvoirs. Sans uniforme défini et rarement institutionnalisée, la police en Islam n’est jamais également répartie entre les cités et paraît parfois absente de certaines régions. Si al-Māwardī, Ibn Khaldūn et Ibn Taymiyya relatent toute leur importance dans leurs écrits respectifs, la shurṭiyya reste un corps faiblement installé et pas toujours effectif dans l’ensemble du monde musulman. Leur juridiction est par contre très large. À la différence des polices modernes, la shurṭiyya accumule les fonctions préventives et répressives à celle d’un tribunal ordinaire ou de flagrant délit. Certaines peines légales peuvent être selon les circonstances appliquées sans que le prévenu soit déféré devant un juge. Le cumul des fonctions est ainsi fréquent et diffère selon les régions; en al-Andalus, sous al-Ḥakam II, le chef de la police pouvait aussi bien s’occuper du marché que des distributions d’aumônes et de la réception des plaintes contre les gouverneurs. La Police en Islam n’a pas toujours ses bâtiments officiels; l’on note cependant que sous al-Ḥakam I (fin du 8e siècle chrétien), un lieu fut établi aux abords de la grande mosquée de Cordoue afin de les y placer. Personnage parmi les plus importants de l’Etat sous les Abbassides – il est même au-devant lors de batailles – le chef de la police est cependant au gré des siècles rétrogradés au point de n’être déjà plus qu’un fonctionnaire lambda sous les Mamelouks. L’autorité des gouvernements centraux et le développement des dynasties militaires n’y sont pas pour rien ici. Les principales cités d’Islam ont aussi à mesure de leur développement favorisé la création de formes de défenses collectives, et ce, en réaction aux nombreux troubles civils ayant émaillé le tissu urbain musulman. La shurṭiyya subsiste cependant, moins dans l’Empire ottoman qui la remplace par ses Janissaires, au Maghreb ou encore dans l’Arabie profonde jusqu’à l’avènement des polices modernes.

Renaud K.

Pour en savoir plus :

  • E. Tyan, Histoire de l’organisation judiciaire en pays d’Islam,ʾLeyde 1960, 566-616 
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