De la peste noire en terre d’Islam

“(…) En 745H (1344) quand le Khan Jāni Beg assiège le comptoir génois de Caffa, il a la funeste idée de catapulter chez l’ennemi des cadavres de pestiférés. C’est le départ de ce qui sera la plus importante épidémie du Moyen-âge. Des Génois à d’autres, la peste envahit Constantinople puis la Palestine et l’Egypte tenues par les Mamelouks. Elle dure alors des années et frappe tout un monde. Les blocus et campagnes d’isolement la ralentissent, mais les fuites sont courantes et l’on se souvient des départs précipités des sultans et émirs du Caire ou de Gaza vers les campagnes. Des citadins sont même vus arriver dans des oasis réputées pour leur salubrité, ainsi de l’île de ar-Rawdah, au milieu du Nil, soudainement envahie par des Cairotes par milliers. (…) Médine et La Mecque sont dévastées par l’afflux de pèlerins du monde entier, qui à leur tour iront contaminer leurs régions respectives. Les chroniques d’époque racontent comment les gens mourraient à même les rues, narrant toute la nauséabonde odeur venue des villes que le vent soufflait (…). On parle de gens crachant du sang, d’abcès au visage dégénérant en tumeurs, de syncopes et d’une urine devenant pourpre; on note encore que la durée de vie ne dépasse pas les 50 heures après manifestation des premiers symptômes. (…) La peste est alors, en terre d’islam, non pas pneumonique comme en Europe ensuite, mais bubonique, et son traitement est alors sommaire : on saigne les patients, on les invite au jeûne et leur applique poudres, argiles et élixirs. Les cimetières ne peuvent même plus accueillir les morts tant ils sont nombreux. L’historien al-Maqrīzī parle de 900 000 décès pour les mois de sha’ban et ramadan de l’an 749H (1348); les défunts sont par milliers ensevelis dans des fosses communes (…). Il n’y a parfois même plus de levée d’impôts, l’économie de tout le bassin méditerranéen chute et les cultures ne sont même plus tenues tant les paysans meurent les uns après les autres. Ce sont même des monastères qui disparaissent dans tout le Levant et des récitateurs de Coran qui manquent pour les cérémonies funèbres.(…)”

Cet extrait est à retrouver dans le numéro 6 de Sarrazins, en vente ici :

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