De la Palestine des califes et émirs

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Attestée sous ce nom depuis l’Antiquité, la Palestine, d’abord occupée par les Philistins puis par des Israélites, Babyloniens, Perses et Grecs, sera longtemps une province romaine divisée en deux parties : une Palaestina Prima et une Palaestina Tertia. C’est en 636 de l’ère chrétienne que la Palestine passe enfin sous le giron de l’islam après la célèbre bataille de Yarmouk. Elle fait partie de la province du Bilad al-Sham (la Grande Syrie), de nombreux Arabes s’y installent et à Jérusalem est notamment construit le Dôme du Rocher – la première grande œuvre d’architecture islamique au monde – ainsi que la mosquée Al-Aqsa. On parle alors de Jund Filasṭīn; ses principales cités sont Ramla (fondée par le calife Sulaymān ibn ʿAbd Al-Malik), Gaza, Nablus, Césarée, Jaffa et Rafah. Sous les Abbassides, la Palestine est alors le district le plus fertile de la Syrie; une vingtaine de mosquées y sont trouvées et de nombreux savants y feront carrière, ainsi de Ibn Qudāmah al-Maqdīsī et Ibn al-Ḳaysarānī. Sa population est cependant en majorité chrétienne, au moins jusqu’à la fin du Moyen-âge. Un temps occupée par les chiites de la dynastie fatimide, puis par les Turcs parmi les Seldjoukides, après par les chrétiens d’Europe après les Croisades, et ensuite attaquée par les Mongols au 13e siècle chrétien; elle avait été le lieu de passage de certains des plus grands sultans, tels Ṣalāḥ ad-Dīn et Baybars. Elle passe enfin, sur la dernière partie du Moyen-âge, sous l’autorité des Mamelouks, puis des Ottomans, au 16e siècle chrétien. En 901 de l’hégire (1496), une première grande histoire de la Palestine est écrite par Mujīr al-Dīn al-‘Ulaymī, un historien de Jérusalem, quand l’on connaît les contours qu’elle avait durant l’époque médiévale et ensuite grâce aux fatwas du célèbre mufti ottoman, Khayr al-Dīn al-Ramlī, qui lui offrait au 17e siècle chrétien des frontières similaires à celles reconnues lors de la création de l’État sioniste d’Israël. Ayant certes perdue de l’importance, la Palestine restera sous les Turcs une Terre sainte qu’il ne convenait pour rien au monde de lâcher, ce, jusqu’au démantèlement du califat et l’avènement du sionisme à la fin du 19e siècle chrétien. Le mouvement judéopolitique allait alors considérablement modifier la Palestine en ses limites et peuplements. 

 

Renaud K.


Pour en savoir plus :

  • Ahmed Fathi, L’Histoire du Rif palestinien pendant la période ottomane, Ramallah, 1992.
  • Estakhri quoted by Le Strange, G. (1890). Palestine Under the Moslems: A Description of Syria and the Holy Land from A.D. 650 to 1500. London: Committee of the Palestine Exploration Fund.
  • Avni, Gideon (2014). « Shifting Paradigms for the Byzantine–Islamic Transition ». The Byzantine-Islamic Transition in Palestine: An Archaeological Approach. Oxford: Oxford University Press.