1258, Des Mongols à Bagdad

Les Mongols, d’abord réunis par Gengis Khān, allaient au 13e siècle chrétien mener les plus dévastatrices conquêtes jamais connues par l’Orient musulman. Renversant le cités du domaine de l’Islam les unes après les autres, la puissance de ces cavaliers de l’est est telle que les Abbassides leur offrent même un temps le tribut. Soucieux d’agrandir son Empire, Hūlāgū, un petit-fils de Gengis Khān, perpétua ainsi la tradition familiale en prenant la tête d’une armée de 120 000 soldats à la conquête de l’Ouest. Outrepassant la Perse, sa cible est Bagdad, capitale du califat abbasside. Tenue par le calife al-Muʾtaṣim, la ville compte entre un et deux millions d’habitants; si elle n’est plus la cité rayonnante des débuts, elle est encore l’une des plus grandes et riches villes du monde. Pillant les cités et mosquées trouvées sur leur chemin, les Mongols sont alors soutenus par les pontes de l’Europe chrétienne, dont le pape d’époque et le roi des Francs Saint-Louis, qui voit en eux de bons alliés de circonstance. Arrivé aux portes de Bagdad en novembre 1257 de l’ère chrétienne, Hūlāgū propose d’abord la reddition de la ville. Le calife, certes peu préparé, refuse, suivant en cela les recommandations de son vizir – chiite – Mu’ayyid ad-Dīn al-Alqami, qui, selon les chroniques d’époque, aurait alors comploté avec les Mongols en vue de précipiter la chute du calife. La bataille démarrait ainsi un 29 janvier de l’année suivante. Il ne faudra que six jours aux Mongols, malgré une résistance féroce, pour faire une brèche dans les murs de la ville et la pénétrer. Cinq jours de plus et Bagdad capitulait. La ville rendue, le calife fut capturé et forcé à assister aux tueries, viols et pillages de ses sujets. Sa famille entière, à l’exception d’un fils envoyé en Mongolie, est alors exécutée. Pour clôturer le tout, les Mongols vont aller jusqu’à l’enrouler dans un tapis avant d’y envoyer les chevaux le piétiner. La mise à mort, curieuse, avait ses raisons : une croyance ancestrale des assaillants stipule que la terre pouvait maudire quiconque faisait couler sur elle du sang royal. La célèbre bibliothèque de Bagdad, riche de milliers d’ouvrages, est alors entièrement détruite; ainsi des mosquées, palais et édifices. On estime alors les pertes humaines à plusieurs centaines de milliers; elles sont si nombreuses qu’Hūlāgū du déplacer son camp tant l’odeur des cadavres portée par le vent était insupportable. Quelque 24 000 savants auraient péri quand les quarante jours de violences avaient rendu le fleuve Tigre rouge de sang. Les chrétiens de la ville, surtout des nestoriens, seront eux laissés saufs. Pour cause, la propre femme d’Hūlāgū en était. Avec Bagdad mise à genoux, l’an 656 de l’hégire (1258) marque ainsi la fin effective de la dynastie des Abbassides, après plus de cinq siècles au pouvoir. L’événement est une rupture géopolitique majeure dans le monde d’alors. Les Abbassides avaient d’ailleurs failli s’éteindre si l’un d’eux, Abū al-Qāsim Aḥmad, n’avait pas survécu. Frère du défunt calife, il atteindra peu après Le Caire avant de se voir nommé calife par le sultan mamelouk d’alors. Mais la nomination n’est qu’une vitrine tant ledit calife n’aura plus qu’un rôle politique secondaire dans la gestion du Dar al Islam. C’est le sultan mamelouk al-Muhẓaffar Quṭuz qui va dès lors assumer le Jihad contre les Mongols. Tuant les ambassadeurs que lui envoya Hūlāgū en vue de le faire rendre, il mettait un terme définitif à leur avancée lors de la bataille d’Ayn Jalut, conduite aux côtés de son général et successeur, le célèbre Baïbars. La Syrie revenait alors aux Mamelouks et les Mongols, tombés enfin sur plus forts qu’eux, durent se retirer au-delà de l’Euphrate. Quelques années plus tard, ils s’embrasseront, à l’étonnement de tous et tour à tour, la religion de leurs précédentes victimes, l’islam.

 

Renaud K.


Pour en savoir plus :

  • John Joseph Saunders, The history of the Mongol conquests, University of Pennsylvania Press, , 275 p.
  • René Grousset, L’empire des steppes. Attila, Gengis-khan, Tamerlan, Paris, Payot, (1re éd. 1938), 620 p.
  • Denise Aigle, « Loi mongole vs loi islamique. Entre mythe et réalité », Annales Histoire Sciences sociales, vol. 59, no 5,‎ , p. 971-996. 

 

 

 

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