Chute de Bagdad, 656 de l’hégire

Les Mongols, élevés au rang de puissants de ce monde grâce au célèbre Gengis Khan, allaient détruire en ce 13e siècle chrétien tour à tour l’ensemble des grandes cités de l’Orient musulman. Les armées de l’Islam, elles, s’effondraient les unes après les autres, chaque contrée conquise devenant le théâtre de massacres impressionnants. La puissance de ces cavaliers de l’est est telle à ce moment qu’à partir de 636 de l’hégire (1241), les Abbassides envoient même un tribut au dirigeant mongol.

 

En 651H (1253), Hulagu, petit-fils de Gengis Khan, perpétue ainsi la tradition familiale en prenant la tête d’une armée avoisinant les 120 000 soldats pour aller à la conquête de l’Ouest. Outrepassant la Perse, sa cible est cette fois Bagdad, capitale du califat abbasside, qui, à ce moment, recouvrait l’Irak, la Syrie, l’Égypte et une partie de l’Iran. Tenue par le calife abbasside al Musta’sim, la ville comptait alors entre un et deux millions d’habitants. En proie aux Croisés venus d’Europe et acculant avec les côtes d’Égypte et de Palestine, les Abbassides étaient traversaient déjà une période difficile; l’arrivée des Mongols n’allait rien arranger. En Europe, on se félicitait d’ailleurs grandement des victoires mongoles contre les musulmans. Alliés des chrétiens quand ils ne l’étaient pas parfois eux-mêmes, les Mongols avaient obtenu tout le soutien du Pape et des rois d’Europe. Le roi franc Saint-Louis invita même en ce sens plusieurs chefs mongols en royaume franc afin de travailler à des opérations contre le califat, quand quelques Croisés n’étaient pas envoyés en leurs rangs afin de prendre part aux combats.

 

Arrivé aux portes de Bagdad en novembre 1257, Hulagu propose d’abord la reddition de la ville. Le calife, peu préparé, refuse. Il suivit en cela selon les chroniques les recommandations de son vizir, chiite, Mouayyid ad-Dīn al-Alqami. Pour l’anecdote, l’historiographie arabo-musulmane tend à peindre le vizir comme un incompétent, parfois et surtout comme un traître : il aurait comploté et rencontré les Mongols en vue de précipiter la chute du calife. Le 29 janvier, la bataille tant redoutée allait commencer. À peine six jours plus tard, une brèche dans les murs de défense de la ville permettait déjà aux Mongols de pénétrer l’enceinte. Cinq jours de plus et Bagdad capitulait. Les musulmans avaient pourtant réussi, à plusieurs reprises à repousser les armées mongoles divisées sur deux fronts, mais trop nombreuses et mieux préparées, elles brisèrent rapidement les offensives musulmanes, parfois même en noyant les moudjahidines dans les canaux rejoignant la capitale. L’armée mongole, comme à son habitude, se complaît alors à laisser abattre toute sa violence sur les vaincus : s’annoncent plusieurs jours de massacre, de destruction et de pillages.

 

La ville rendue, le calife fut capturé et forcé d’assister aux tueries, viols et pillages subis par ses sujets. Sa famille entière, à l’exception d’un fils envoyé en Mongolie, est alors  exécutée. Pour clôturer le tout, le calife est enroulé dans un tapis avant d’être battu et piétiné par les chevaux de la cavalerie mongole. La mise à mort, curieuse, avait ses raisons : une croyance ancestrale des assaillants stipulait que la terre maudissait quiconque faisait couler sur elle du sang royal. La grande et mondialement célèbre bibliothèque de Bagdad, riche de milliers d’ouvrages, est entièrement détruite. Les mosquées, palais et édifices divers y passent à leur tour. La population tentant de s’échapper est aussi rattrapée et massacrée. Si certains parlent de 90 000 hommes et femmes exécutés en quelques jours, d’autres estiment les pertes à plusieurs centaines de milliers. Des récits affirment même qu’Hulagu du déplacer le camp du côté où soufflait le vent tant l’odeur des cadavres de la ville devenait insupportable. Quelque 24 000 savants auraient péri également sous le fil de leurs épées. Les quarante jours de violences avaient, selon les observateurs, rendu le fleuve Tigre rouge de sang. Les chrétiens de la ville, surtout des nestoriens, très nombreux malgré les cinq siècles d’Islam passés, seront eux laissés saufs. Pour cause, la propre femme d’Hulagu était une dévouée nestorienne.

 

Avec Bagdad mise à genoux, l’an 656 de l’hégire (1258) marque la fin du règne réel des Abbassides après plus de cinq siècles de pouvoir. L’événement est une rupture géopolitique majeure dans le monde d’alors. La dynastie abbasside avait d’ailleurs failli s’éteindre si l’un d’eux n’avait pas survécu : Abū al-Qāsim Aḥmad. Frère du défunt calife, il atteindra peu après Le Caire avant de se voir à son tour nommé calife par le sultan égyptien d’alors. Mais la réhabilitation du califat abbasside n’est qu’une image, le calife n’aura qu’un rôle secondaire dans la gestion du nouvel empire musulman naissant. C’est le sultan mamelouk al-Muhẓaffar Sayf al-dīn al-Muʿizzī Quṭuz qui va dès lors assumer le Jihad contre les Mongols. S’en sortant mieux, il fera tuer les ambassadeurs que lui envoya ensuite Hulagu en vue de le faire rendre, avant de mettre un terme définitif à leur avancée lors de la bataille d’Ayn Jalut. La Syrie revenait alors aux Mamelouks et les Mongols, tombés sur plus forts qu’eux, durent se retirer au-delà du fleuve de l’Euphrate. Quelques décennies, les Mongols, devenus les maîtres de l’Asie Centrale, embrasseront à leur tour l’islam, après une première conversion, celle du petit-fils d’Hulagu, en 694 H (1295).

 

Renaud K.


Pour en savoir plus  : http://www.lesclesdumoyenorient.com/La-chute-de-Bagdad-en-1…

https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_Bagdad_(1258)

https://histoireislamique.wordpress.com/…/khalifah-du-dern…/

 

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