Ces femmes dans l’ombre des grands

(…) Qu’elles aient été leurs épouses, professeurs ou conseillères, certaines érudites d’hier à aujourd’hui furent dans l’ombre de bien de grands hommes.

À l’époque des successeurs, durant les trois premiers siècles de l’hégire, l’imam Ahmad comme Ali ibn Muslim al Tusi étaient ainsi vu apprendre auprès d’une certaine Umm Umar bint Hassan al Thaqafi. Plus tôt, Umm al Darda s’était rendue célèbre de Damas comme à Jérusalem en dirigeant des classes à l’intérieur de ses mosquées auxquelles le calife Abd al Malik ibn Marwan avait pris l’habitude d’assister. Ibn al Jawzy parlera plus tard dans ses écrits d’une certaine Umm al Fadl (m.480H/1087), élève d’Ibn Bawwab, qui elle, excella tant en calligraphie et dans la rédaction qu’elle fut choisi par le souverain Amid Abu Nasr al Kindi (m.456H/1064) pour rédiger un traité de paix d’avec les Byzantins. Une autre, Fakhr al Nisa, la fille du savant du hadith Al Dinawari (m.574H/1178), s’illustra comme la plus reconnue des auteurs et calligraphes de son époque à Bagdad, écrivant alors pour le calife Al Muqtafi.

Fatima bint Muhammad Ibn Ahmad al Samarqandi, fille de l’auteur, hanafite, de Tuhfat al Fuqaha, atteignit un tel degré de connaissance dans le droit hanafite et le hadith, et une telle précision dans ses fatwas qu’elle était devenue une proche conseillère de Nur ad Din Zengi, le souverain syrien qui eut pour successeur Salahuddin. Une autre Fatima, bint Sa’d al Khayr, (m.600H/1204) s’illustra, elle, aux confins de l’Asie en étudiant à Isfahan auprès de Fatima al Juzdaniyyah et à Bagdad auprès d’autres. Elle avait eu pour mari le principal savant hanbalite de l’époque, Zayn ibn Naja. Savant proche de Salahuddin auquel il avait octroyé le droit de prononcer la première khutbaaprès la libération de Jérusalem, ce- lui-ci avait mené Fatima jusqu’au Caire où elle eut une quantité d’élèves impressionnante, transmet- tant entre autre le Musnad d’Ahmad ibn Hanbal. Toujours dans l’entourage de Salahuddin, ce sont les savantes Ni’ma bint ‘Ali, Umm Ahmad Zaynab bint al Makki, qui, en enseignantes au sein des madrasas ‘Aziz- iyya et Diya’iyya purent avoir en élève Ahmad, fils de Salahuddin.

Officiant dans la mosquée même du Prophète, paix et salut sur lui, Umm al Khayr Fatima bint Ibrahim al Bata’ihi (m.711H/1311) avait offert de ses savoirs tant à Ibn al Qayyim, Ibn Rushayd qu’à As Subki, fils d’Adh Dhahabi. Dhahabi avait d’ailleurs eut parmi ses professeurs la célèbre Zaynab bint umar al Kindi (m.699H/1300). Mariée à l’homme d’Etat de Balbeek que fut Nasir ad Din ibn Qarnin, enseignant le Kitab at Tawhid du savant chaféite Ibn Khuzaymah, comme le Sahih d’Al Bukhari et d’autres œuvres, elle avait été la shaykha, aussi, de Muhammad ibn Qawalij; ce dernier devenant l’un des futurs enseignants d’Ibn Hajar al Asqalani

Chahda bint al Abari était une agrégée des sciences du hadith qui eut pour élèves Ibn Al Jawzy comme Ibn Qudama. Jalal ad Din As Suyuti avait eu pour enseignante Sarah bint Taqi ad Din al Subki (m.803H/1401) et Hajar bint Muhammad, de qui il apprit la Risala de l’imam Ash Shafi’i.Sitt al’Arab (m.76oH/1358) eut, elle, pour élève le traditionaliste Al ‘Iraqi (m.742H/1341).Aisha bint Muhammad al Hanbaliyya (m.906H/1504) avait plus tard étudié le hadith auprès d’Abu Bakr ibn Nasir ad Din pour ensuite l’enseigner à Ibn Tulun.

Au 12ème siècle de l’hégire, l’empereur moghol Aurangzeb paya 30 000 dinars la savante Maryam al Kashmiriyya pour avoir enseigné le Coran à sa fille. Cette dernière, Zayb al Nisa était par ailleurs devenue une calligraphe et élève en droit reconnue. Son autre fille, Zeenat an Nissa (m.1133H/1721), avait, elle, intégré le comité savant chargé de l’élaboration du Fatawa-e-Alamgiri, ouvrage de droit hanafite commandé par son père et qui allait servir de code de loi pour tout le territoire indienPlus tard et loin de là, c’est Nana Asma’u bint Usman dan Fodiyo (m.1280H/1864), la fille du célèbre émir et moudjahid africain derrière la fondation du califat de Sokoto, qui était devenue l’une des auteures majeures de l’islam de l’époque.

En somme, les bibliographies et biographies rédigées par les grands savants de toutes les époques mentionnent un nombre considér- able de femmes de science auprès desquelles ils avaient appris ce qu’ils savaient. Ibn al Najjar dit ainsi avoir appris le hadith de près de 400 femmes savantes, Ibn Asakir (m.571H/1175), auprès de plus de 80, obtenant entre autre une ijaza de Zaynab bint Abd ar Rahman pour leMuwatta de l’imam Malik. Ibn al Jawzi mentionne 3 érudites parmi ses meilleures enseignantes, Abu Tahir al Silafi en mentionne une dizaine. Les savants du 7ème siècle de l’hégire que furent Ibn al Athir, Ibn al qayyim et Ibn Diya al Maqdisi ne manquent non plus pas d’éloges et de lignes concernant leurs enseignantes. Ibn taymiyyaqui eut parmi ses professeurs Zaynab bint Makki al Harrani, appris de nombreuses femmes encore, quand son élève, Adh dhahabi en eut plus encore comme on l’a vu.

Il en sera de même au 9ème hégirien pour Ibn Rajab al Hanbali, Ibn Hajar al Asqalani, al Haythami et Ibn Kathir. Le siècle suivant, As suyuti en mentionnera encore un certain nombre dans les notices bibliographiques de son Mu’jam. Le Mu’jam d’Abd al Aziz ibn ‘Umar ibn Fahd réalisé en 861H (1457) contient lui aussi dans sa bibliographie le nom de 130 femmes parmi les 1100 savants mentionnés (…).

 

L’article dans son intégralité est à consulter dans le numéro 2 de Sarrazins, à commander ici.

 

Renaud K.