Bukhara, cité d’islam

Située sur la route de la soie, Bukhara est avec ses plus de 2 000 ans l’une des plus vieilles cités du monde. Carrefour commercial sous les Perses, elle devient après sa conquête par les musulmans l’une des cités les plus reconnues de la civilisation islamique. Soumise aux musulmans autour de l’an 50 de l’hégire, Bukhara intègre l’Empire omeyyade – sous le règne du calife al-Walīd ibn ‘Abd al Malik – quand le terrible al-Ḥajjāj ibn Yūsuf s’empare de la ville en 91H (710). Une première mosquée y est bâtie, des premiers locaux se convertissent, l’islam s’y fait sa place. Devenue le fief de la dynastie perse des Samanides puis celle des Turcs Qarakhanides – toutes deux des vassales des Abbassides – Bukhara est au tournant de l’an mille de l’ère chrétienne une cité majeure du monde musulman. Des savants y naissent ou y font leurs classes – tel l’imam Isḥāq ibn Rāhawayh, le poète Rūdakī, le médecin et philosophe Ibn Sīnā (Avicenne), le polymathe al-Bīrūnī ou l’imam al-Bukhārī, l’auteur du recueil de hadiths le plus reconnu de l’Histoire – on y passe encore pour faire commerce ou ses études. D’innombrables bâtisses à l’architecture pittoresque y font sa renommée; beaucoup s’émerveillent notamment de la mosquée Magok-i-Attari, qui, bâtie sur un ancien temple idolâtre, est alors la plus anciennes mosquée d’Asie centrale encore intacte. Au 12e siècle chrétien, une famille de savants, les Burhān, parvient un temps à prendre le contrôle de la cité avant qu’elle ne soit reprise par d’autres Turcs de la tribu des Qarā Khitāy. Mais le 4 dhū l-ḥijja 616H (10 février 1220), un terrible événement vient cependant rompre sa tranquillité : l’arrivée de Gengis Khan. Sur la route de ses conquêtes, le conquérant mongol pénètre la ville et y fait raser ses édifices et tuer ses habitants. Un bâtiment résiste pourtant à sa fougue : le minaret de Kalian. Haut de 48 mètres et large de 9 mètres au sol, il sert autant à faire l’appel à la prière qu’à y jeter du haut de son sommet quelques condamnés. Subjugué par l’édifice, dont la taille et la beauté est connue par delà les frontières du Khorassan, il n’en touchera pas une brique. Si une première révolte est tentée par les musulmans de la ville peu après, les violences touchant la cité sont essentiellement le fait de l’opposition entre occupants mongols. Si la ville est à majorité sunnite, des chiites y résident quand le soufisme y connaît dans la dernière partie du Moyen-âge un considérable essor. Bahāʾal-dīn Naqshband et son ordre s’y épanouit sans entraves. Conquise encore par Tīmūr Lang (Tamerlan) qui en fait la conquête; sa dynastie, celle des Timourides, en fait même un temps sa capitale. Vers la fin de l’année 905H (1500), Bukhara est finalement prise par des Üzbeks conduits par Shībānī Khān pour ainsi rester en leur possession jusqu’à la Révolution russe. Devenu capitale d’un puissant Khanat, Bukhara passe encore à l’ère contemporaine pour un centre de vie politique et intellectuelle majeur de l’Asie centrale. Ses émirs et notables illuminent la cité de constructions reconnaissables entre mille – tel les ensembles de Poi-Kalyan et de Lyabi-Khauz, les madrasa Kosh et Gaukushon ainsi que Taki Sarafon et Taki-Tilpak-Furushan – grâce à leurs couleurs turquoise et terre et leurs immenses coupoles. Le long règne du Khan ʿAbd al-ʿAzīz (1055-91H/1645-80) passe pour un épisode de grande prospérité à Bukhara. Quelque 140 édifices historiques sont encore aujourd’hui debouts, les autres ayant été détruits lors de combats. Lorgnée par les Russes, ces derniers finissent par s’y imposer en 1285H (1868) avant d’en faire la conquête, au travers de l’Armée rouge et en 1338H (1920). La ville a depuis été intégrée au territoire de l’actuel Ouzbekistan.

Renaud K.


Pour en savoir plus :

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Fermer
Fermer

Se connecter

Fermer

Panier (0)

Cart is empty Aucun produits dans votre panier.