Awrangzīb, l’empereur des Indes musulmanes

Né en 1027 de l’hégire (1618), Abū l-Muẓaffar Muḥammad Muḥyī l-Dīn Awrangzīb ʿĀlamgīr est l’un des fils du cinquième sultan de l’Empire moghol. L’Empire moghol, situé à cheval sur l’Inde, la Perse et l’Afghanistan, c’est alors l’État islamique le plus puissant de l’instant avec l’Empire ottoman et la Perse safavide. Longtemps l’un des gouverneurs du pays, Awrangzīb avait en fait profité de la maladie de son père pour s’en aller faire la guerre à ses frères (dont l’un avait apostasié de l’islam) aux velléités indépendantistes. S’installant en 1068H (1658) sur le “trône du Paon” (symbole du pouvoir moghol), il devient de facto, depuis Delhi, le sixième sultan de l’Empire. Musulman orthodoxe et affirmé, il réaffirme la particularité islamique de l’Empire en promulguant un code de loi basé sur les jugements de l’école hanafite : Fatāwā ʻĀlamgīrī. S’il subjugue bien des hindous et autres polythéistes, Aurangzeb n’hésite pas à censurer les pratiques locales contraires au droit musulman; ainsi du sati (l’immolation des veuves par le feu), de la castration des captifs ou du nautch (une danse érotique). Des mesures sont même prises pour endiguer la consommation d’alcool, l’écoute de la musique et c’est enfin le prélèvement de la jizya qui est rétabli. Si des temples hindous – en fait des fiefs d’opposants – sont détruits sous son règne, de nombreux hindous sont cependant vus dans l’administration. Awrangzīb est un empereur autoritaire et un invétéré partisan de la Loi islamique, il n’en oublie pas de composer avec la pluralité de ses sujets. Instruit à Agra en histoire, en langue arabe et persane et aux sciences islamiques, il va aussi se montrer un mécène dévoué à continuer l’oeuvre de ses prédécesseurs en matière de culture. On lui doit  l’une des plus belles œuvres architecturales de la région, la mosquée Badshahi de Lahore; ainsi que les plus belles pièces – tissus et tapis – de la calligraphie islamique, qu’il fait régulièrement envoyer dans les villes saintes de l’islam. Son règne de 49 ans sera l’un des plus longs de l’histoire de l’Islam. Un règne qu’il remplira de bien des conquêtes. Faisant appel à des artilleurs européens, il réforme son armée en la dotant d’un grand nombre de soldats et des canons les plus efficaces d’époque. Prenant le Pendjab (Pakistan actuel), le Cachemire et défiant les sultans du Deccan dans le Sud indien, il fait encore la conquête du Bengale et de l’Arakan (terre des Rohingyas). En 1101H (1690), il assiège même Bombay, que les Britanniques avaient inclus parmi leurs comptoirs; c’est à genoux et livrant une grosse indemnité que les colons avaient alors racheté la paix au souverain du Delhi. Au final, Awrangzīb s’était taillé un Empire de 4 millions de kilomètres carrés avec une population estimée à plus de 158 millions de sujets. Le montant des recettes de l’État avait été estimé à 450 millions de dollars, soit dix fois plus que la France de Louis XIV à la même période. L’Empire moghol était devenu la première économie du monde; la valeur de son PIB équivalant au quart du PIB mondial. Awrangzīb rendait l’âme durant l’hiver 1119H (1707), âgé de 88 ans. Au contraire de ses prédécesseurs qui s’étaient fait bâtir de gigantesques mausolées, Aurangzeb est enterré à Khuldabad en un simple tombeau à ciel ouvert. Un empereur est mort, une légende était née.

 

Renaud K.


Pour en savoir plus :

  • Jadunath Sarkar, A History of Aurangzib (5 volumes) (1912–24).
  • Les Grands Moghols; Splendeur et chute (1526-1707). Par André Clot. Année : 1993; Pages : 302; Collection : Hors collection; Éditeur : Plon
  • Muḥammad Bakhtāvar Khān. Mir’at al-‘Alam: History of Emperor Awangzeb Alamgir. Trans. Sajida Alvi. Lahore: Idārah-ʾi Taḥqīqāt-i Pākistan, 1979.

 

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