Astres et planètes en Islam, part. 1

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A leurs débuts, les musulmans n’avaient de la connaissance du ciel que les seules données observés à l’oeil nu. La donne changea très vite. Au contact des Perses, Byzantins et Indiens, les premiers traducteurs font ainsi la découverte de connaissances conséquentes. On parle alors d’un début d’astronomie musulmane sous les Abbassides quand la famille al-Fazārī publie de premières Tables astronomiques. Suivent Abū Ma’shar et al-Khuwārizmī, savant pluridisciplinaire ayant publié en 205H (820) des travaux précisant les positions des astres et planètes connues. Si les écrits d’Aristote ou de Platon font mouche, ceux de Ptolémée font alors consensus. Son Almageste (du grec “mageste” combiné au préfixe arabe “al”) devient la référence. Son astronomie se caractérise alors par le fait de placer la Terre, immobile, au centre de l’univers. Sous le règne du calife al-Ma’mūn, de premières observations sont faites depuis Damas et Bagdad. Les mesures obtenues diffèrent pour la première fois de celles de Ptolémée. A la fin du 9e siècle chrétien, al-Farghānī recalcula les distances des planètes à la Terre et compose des ouvrages sur les cadrans solaires et l’astrolabe, instrument servant à la navigation bientôt réclamé jusqu’en royaume franc; al-Marwazī s’intéresse à la visibilité du croissant de lune; al-Battānī va, lui, traiter de la division de la sphère céleste, découvrir le mouvement de l’apogée du soleil et offrir ses calculs sur l’inclinaison de l’axe terrestre. Copernic le citera d’ailleurs, sous le nom de Machometi Aracenfis, dans son Revolutionibus orbium coelestium. Il avait encore proposé un calcul de la durée de l’année à 2 minutes et 22 secondes près celle aujourd’hui. On cherche aussi à mesurer la durée de la course du soleil. Au 10e siècle chrétien, Yaḥyā ibn Abī Manṣūr produit en ce sens un al-Zīj al-Mumtahan. Il y a encore le Zīj al-kabīr al-hākimī, ouvrage d’Ibn Yūnus dont les observations seront utilisées jusqu’au 19e siècle chrétien pour ce qui touche à l’accélération séculaire de la Lune. Il avait fait la description de quelque quarante conjonctions planétaires et trente éclipses lunaires. Plus tard, al-Ṣūfī fera, avec le Kitāb suwar al-kawākib al-thābita, l’ouvrage le plus complet d’époque sur les étoiles. Publié en 353H (964), il y décrit, sur la base d’observations, la position, la magnitude, la couleur et la luminosité de centaines d’astres, dessinant avec une précision et un style rarement égalé les différentes constellations. Traduits en latin, les noms proposés par al-Ṣūfī seront gardés pour bien des astres. Il avait aussi découvert le Grand Nuage de Magellan, contemplé pour la première fois par un Européen quatre siècles plus tard, ainsi que la Galaxie d’Andromède, soit les deux premières galaxies découvertes au-dehors la Voie lactée. Il y a aussi les travaux du perse al-Bīrūnī. Son Al-Qānūn al-Mas’ūdi publié au 10e siècle chrétien reste l’un des exposés les plus poussés. Dans un ouvrage depuis perdu, Miftah-ilm-alhai’a, il aurait avancé l’idée d’une Terre tournant autour de son axe polaire. Il est à noter qu’il est l’un des premiers savants de l’Islam à s’interroger sur l’héliocentrisme faisant de la Terre un astre tournant autour du soleil. Il fit encore mention de la force d’attraction que la Terre exerçait sur les corps, puis recalcula le rayon de la Terre à 6339,6 km. Sa marge d’erreur avec les résultats modernes est de 31 mètres. Suivront al-Qūhī et Abu l-Wāfā’ après lesquels l’astronomie arabo-musulmane atteint son apogée. En al-Andalus, Maslama al-Majrīṭī fonde à Cordoue une célèbre école en la matière. Si Ibn al-Saffār et Ibn al-Samh y réalisent leurs études, c’est al-Zarqālī qui passe pour l’astronome le plus convaincant de l’école, et de  l’Europe d’époque. Il participera à la rédaction des fameuses Tables de Tolède…

 

Renaud K.


Pour en savoir plus :

  • Ahmad Dallal, Science, Medicine, and Technology, The making of a scientific culture, in John Esposito, The Oxford History of Islam, New York, Oxford University Press, 1999
  • Ahmad Jebbar, Danielle Jacquart etc.., L’âge d’or des sciences arabes, Actes Sud, 320p.
  • Roshdi Rashed, Histoire des sciences arabes. Astronomie, théorique et appliquée 1, Le Seuil, 384p