Astres et planètes en Islam part. 2

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(…) Les Européens – juifs et chrétiens – entament en parallèle, après le 11e siècle chrétien, un large travail de traduction des oeuvres arabes et savantes en la matière. En Orient, Ibn al-Haytham fait quant à lui sa révolution. Considéré comme le premier véritable scientifique, il est l’homme ayant mis en branle le modèle de Ptolémée, relevant notamment l’impossibilité dudit modèle à correspondre à une réalité physique. Ibn Sīnā, l’Avicenne des Latins avait quant à lui résolu le problème de l’équant. Sous le règne des Seldjoukides est aussi construit, à Ispahan, l’un des plus grands observatoires, alors géré par Omar Khayyām, l’homme ayant recalculé la longueur d’une année qu’il rendit plus précise que l’année grégorienne suivante. Malgré les nombreuses corrections apportées à l’astronomie antique, la vision grecque d’un monde formé de deux sphères, dont l’une, la sphère céleste, entourait la seconde comprenant l’ensemble des éléments, resta longtemps la norme. L’idée d’un monde héliocentrique commençait cependant à faire quelques émules. On se rappelle des doutes émis par at-Ṭūsī au 13e siècle chrétien concernant cette possibilité. S’étant penché sur la Voie lactée, il avait des siècles avant Galilée décrit cette dernière comme étant composée d’un très grand nombre d’étoiles. Il y aura encore l’école de Maragha. Construite par Hulagu Khan (l’artisan de la conquête mongole du Moyen-Orient et du sac de Bagdad), ladite école avait accueilli les plus grands savants des astres d’époque : al-Shirāzi, al-‘Urdī, Ṣadr al-Sharī’a et Ibn al-Shātir. L’École avait même sa fonderie où étaient fabriqués les outils servant au métier. Si al-Urdi fut derrière un résultat mathématique lourd de conséquences – le lemme d’Urdī – Ibn al-Shātir entre autres recalculé l’inclinaison du zodiaque, qu’il détermina à 23 degrés et 31 minutes, soit 19.8 secondes près le résultat trouvé aujourd’hui par ordinateur. Si c’est surtout pour sa philosophie que l’on se plongea dans ses textes, Aristote intéressa tout autant pour ses vues sur les astres. Aristotélicien jusqu’à la moelle, Ibn Rushd avait cherché à confirmer le modèle concentrique proposé par le philosophe antique. Ibn Ṭufayl, al-Bitruji et Ibn Bājja (Avempace) suivirent un raisonnement similaire. Al-Bitruji sera d’ailleurs le premier astronome à présenter un système astronomique non ptolémaïque. Parmi ses découvertes : le fait que les planètes aient leur propre lumière. De fait, il avait établi la théorie du mouvement spiral des planètes, ouvrant la voie à l’astronomie moderne. Dans la dernière partie du moyen-âge, si, dans l’ensemble du monde musulman, l’activité astronomique ralenti, on voit cependant de nombreux observatoires apparaître. En 823H (1420), l’un d’eux est bâti à Samarcande par l’émir Ulugh Beg. L’un de ses astronomes, Ali Qushji, est souvent cité comme l’un des derniers astronomes arabo-musulmans. Contrairement à Ptolémée qui croyait que la seule observation de la Terre permettait de conclure en son immobilisme, Ali Qushji s’était appuyé sur le phénomène des comètes pour avancer le contraire. Il fut encore de ceux ayant réussi, contredisant Aristote, à dissocier la philosophie de l’étude du ciel, offrant ainsi à l’astronomie son statut de discipline empiriste et mathématique. Sous le règne des Ottomans est construit, en 977H (1570), un Grand Observatoire à Istanbul. Disposant de sa bibliothèque et de chambres pouvant accueillir le personnel, le site servit au fameux Taqi ad-Din à de nombreuses observations dans l’idée de mesurer la position et la vitesse des planètes. Il avait par ailleurs découvert une comète, qu’il présenta au sultan comme l’annonce d’une victoire militaire en faveur de l’Empire. Mais, sa prévision, fausse, causa la destruction du site par le sultan.. Il avait cela dit aidé à développer l’écriture en fractions décimales et créé de nouveaux instruments astronomiques, telles ses horloges astronomiques, les plus précises du monde. D’autres astronomes apparaîtront çà et là, tel Shams ad-Dīn al-Khafri. L’activité stagna cependant dans l’Empire – quelques travaux sont réalisés chez les Perses ou en Inde musulmane – après, ce, jusqu’à ce que les travaux de Copernic ne viennent bousculer les consciences. On parle alors en cette fin de 17e siècle chrétien de Révolution copernicienne; l’astronomie allait essentiellement – et jusqu’à aujourd’hui – devenir le terrain de jeu des Occidentaux.

 

Renaud K.


Pour en savoir plus :

  • Ahmad Dallal, Science, Medicine, and Technology, The making of a scientific culture, in John Esposito, The Oxford History of Islam, New York, Oxford University Press, 1999
  • Ahmad Jebbar, Danielle Jacquart etc.., L’âge d’or des sciences arabes, Actes Sud, 320p.
  • Roshdi Rashed, Histoire des sciences arabes. Astronomie, théorique et appliquée 1, Le Seuil, 384p.