As-Sulamī, le sultan des savants

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Né à Damas en 577 de l’hégire, as-Sulamī est communément nommé le sultan des savants. Juriste, penseur du soufisme médiéval, spécialiste du hadith, exégète et théoricien du Jihad, Izz al-Dīn ʻAbd al-ʻAzīz ibn ʻAbd al-Salām as-Sulamī est l’un des piliers de la sphère scientifico-musulmane de l’ère post-Ṣalāḥ ad-Dīn. Elève des illustres Ibn ʿAsākir, Shihāb al-Dīn Suhrawardī ou encore d’Abū l-Ḥasan al-Shādhilī, as-Sulamī passe pour l’auteur d’un grand nombre de livres dans l’ensemble des domaines de l’islam. Rédacteur d’une exégèse et de commentaires du Coran, d’un commentaire du Ṣaḥīḥ de Muslim, d’une biographie du Prophète Muḥammad ﷺ, d’épîtres de théologie ash’arite ou traitant des fondements du droit, il est encore connu pour ses travaux dans le droit chaféite et le soufisme. Imam officiel de la mosquée des Omeyyades, il s’était fait très tôt remarquer par son anticonformisme : il refuse de porter le noir des autres sermonneurs ou encore de faire les éloges des gouverneurs. En 637H (1240), il ose même faire directement front à l’émir de Damas, al-Ṣāliḥ Ismāʿīl, ceci en critiquant du haut du minbar la compromission de ce dernier à l’égard des Croisés à nouveau présents en Palestine. Omettant encore le nom de l’émir dans la prière du vendredi, as-Sulamī avait provoqué la colère du gouverneur qui l’avait fait enfermer en prison, avant de l’exiler en Égypte. Au Caire, sa renommée l’avait amené à y être fait juge en chef et imam de la prière du vendredi; d’une attache à la Loi sans faille, il met un point d’honneur à faire (re)vivre le commandement prophétique que de commander le bien et réprouver le mal par l’exécution complète de la Shari’a. Devenu après cela un enseignant de droit chaféite à la Salihiyya – une fameuse école tout juste ouverte où l’on pouvait y apprendre le droit selon les quatre écoles de jurisprudence reconnues – il est alors le premier selon certains à enseigner l’exégèse du Coran en Égypte. Ayant vécu l’ère ayyoubide sous le règne des descendants de Ṣalāḥ ad-Dīn, le sultan des savants connaîtra dans la dernière partie de sa vie les affres de la guerre. En 646H (1249), alors que d’autres Croisés partis de France entament une nouvelle croisade – dite des Barons – il est ainsi parmi les combattants posté aux portes de la ville de Damiette avant que celle-ci soit prise. Moins de dix ans plus tard, tandis que les Mamelouks – des esclaves turcs et slaves – prenaient le pouvoir en Égypte et autour, il est alors un lointain témoin de la dramatique destruction de Bagdad. Le moment est fatidique : le calife abbasside est exécuté par des Mongols venus dévaster la capitale du monde musulman qu’ils vident, dans le sang, de ses habitants. Le contexte s’y prêtant, le Jihad sera le centre d’intérêt de nombre de ses livres – tel le fameux Aḥkām al-jihād wa-faḍā’ilihi – et l’on aimait à l’époque nommer l’homme comme le propagandiste militaire le plus pamphlétaire de son temps. Quittant ce monde en 660H (1262), il avait, selon ses contemporains, atteint un tel niveau dans les sciences islamiques et dans l’école chaféite que ses successeurs n’osaient, longtemps, plus guère se prononcer sur quoi que ce soit après lui.

 

Renaud K.


Pour en savoir plus : 

  • Bosworth, C.E.; van Donzel, E.; Heinrichs, W.P.; Lecomte, G. (1997). Encyclopaedia of Islam (New Edition). Volume IX (San-Sze). Leiden, Netherlands: Brill. p. 812.
  • Jihād Ideology From the Conquest of Jerusalem to the end of the Ayyūbid, Kenneth A. Goudie, Brill, 2019
  • Striving in the Path of God: Jihad and Martyrdom in Islamic Thought, Asma Afsaruddin, OUP USA, 2013