Alger, la cité blanche

“Bâtie sur les restes d’une cité antique nommée Icosium, Alger voit son histoire démarrer au milieu du 10e siècle chrétien. Oeuvre d’un émir et le fondateur de la dynastie des Zirides, Buluggīn ibn Zīrī, Alger – alors nommée Djezaïr Beni Mezghenna – est d’abord une cité vassale des Fatimides d’Egypte, une dynastie chiite ayant fondé son propre califat. Passant d’une dynastie à une autre, faute à une situation continuellement conflictuelle entre tribus, la jeune et modeste Alger va un temps passer sous le joug des Almoravides, première des dynasties sunnites à avoir uni toute une partie du Maghreb. C’est l’heure où l’école malikite et ses orthodoxes érudits font la Loi dans tout l’Occident musulman; une première grande mosquée, en 490 de l’hégire (1097), est d’ailleurs élevée par le célèbre Yūsuf ibn Tāshfīn à Alger. Petite cité côtière souvent épargnée des troubles, Alger revient naturellement aux Almohades suivants, mouvement politico-religieux ayant pris la relève en prenant le pouvoir dans tout le Maghreb. Rattachée ensuite aux Emirats des dynasties zianides, hafsides ou mérinides, Alger accueille avec la Reconquista en al-Andalus un grand nombre de migrants musulmans et juifs expulsés d’Europe. En 897H (1492), tandis que le dernier îlot islamique d’Espagne s’effondrait, Alger est alors une cité cosmopolite peuplée de plus de 20 000 habitants. Conquise une première fois par des croisés espagnols en 916H (1510), Alger – alors une cité-république indépendante aux mains d’émirs – entre dans l’ère moderne par le biais d’un personnage resté célèbre, le corsaire et amiral Khayr ad-dīn Barbarossa. Appelés par les Algérois à la rescousse, lui et son frère reprenaient la ville en 924H (1516), intégrant la cité à un Empire ottoman à son apogée. Al Djazaïr n’est alors plus seulement le nom de la ville, mais celui de l’ensemble des terres l’avoisinant; on parle plutôt, pour nommer la ville, de Casbah. Alger est ensuite la base de tous les corsaires musulmans de Méditerranée; des raids sont lancés de la cité blanche et nombre de renégats – d’ex-chrétiens attirés par l’islam et/ou l’activité économique de la région – y font escale. Souvent des corsaires, il n’est ainsi pas rare que les gouverneurs de la ville soient des convertis natifs de France ou d’Italie. L’influence ottomane s’y fait évidemment sentir et nombre de rénovations et institutions sont mises en place depuis Istanbul. Bien que des janissaires et fonctionnaires turcs y font régner l’ordre, Alger est relativement autonome. Quand en 948H (1541), l’empereur Charles Quint, y tente un siège, ses troupes sont littéralement décimées par les Algérois. Devenue une Régence, Alger va durant près de trois siècles participer à faire la pluie et le beau temps sur les eaux. Faiblement peuplée, on y trouve pourtant de nombreuses écoles et centres médicaux et des érudits de renom. Sa population est alors le résultat de son histoire : habitée par des Berbères arabisés depuis ses débuts, on y trouve un nombre conséquent de juifs, de morisques échappés d’Espagne, de métis et de noirs. On y parle d’ailleurs plusieurs langues : l’arabe, l’hébreu, l’osmanli (le turc ottoman) et d’innombrables dialectes berbères (…)”

Renaud K.

L’article est à consulter dans son intégralité dans le n°6 de Sarrazins, en vente ici :

Sarrazins N°6

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